Editoriaux - International - 25 avril 2019

Quand va-t-on cesser de se prosterner devant les Saoudiens ?

La classe politique n’a pas de mots assez durs pour un Vladimir Poutine accusé – à tort ou à raison – de tous les maux : manipulations électorales, espionnage à grande échelle, cybercriminalité institutionnalisée, répression de toute opposition… on en passe et de plus affreuses encore. Le Grand Méchant, le Grand Satan, c’est lui. Reductio ad hitlerum à l’échelle planétaire, abcès de fixation à la purulence entretenue. Quand on est un dirigeant occidental, taper sur les Russes est l’exercice le plus consensuel en matière de politique étrangère.

Pendant ce temps, le nouveau prince dirigeant d’Arabie saoudite – le cher MBS, pour ceux qui le courtisent sous le keffieh – peut s’amuser à démembrer des journalistes et décapiter toutes les têtes qui se relèvent, personne n’y trouve à redire.

C’est ainsi que ce brave garçon a fait, mardi dernier, un peu de ménage : 37 décapitations pour commencer la journée dans la bonne humeur, avec une petite crucifixion en prime pour ne pas perdre les traditions. Deux jours après Pâques, les chrétiens apprécieront le symbole !

Avez-vous entendu une protestation de l’ONU ? Le Donald Trump qui tweete plus vite que son ombre a-t-il agité son index sur l’écran ? Pas du tout. Et pourquoi l’aurait-il fait, d’ailleurs, puisque tout cela est un mets de choix servi sur le plateau de sa politique étrangère.

Sur les 37 suppliciés saoudiens, 33 étaient chiites. Tous accusés de « terrorisme », selon le communiqué du ministère de l’Intérieur. Ils avaient, dit le ministre, « adopté la pensée terroriste et extrémiste, et formé des cellules terroristes dans le but de commettre des ravages, déstabiliser la sécurité, répandre le chaos, inciter à la sédition sectaire et heurter la stabilité sociale ainsi que la sécurité ». Aveux extorqués sous la torture, décapitation au sabre en place publique, crucifixion post mortem d’un très dangereux individu accusé de « guerre contre Dieu”…

C’est vrai qu’il y a là de quoi refroidir les ardeurs contestataires. Droit dans ses babouches, « le ministère de l’Intérieur répète que ce pays ne cessera de dissuader quiconque penserait à heurter sa sécurité ou sa stabilité ainsi que [celles des] nationaux et des résidents, sur ses territoires, ajoutant qu’il est résolu et ferme dans [sa volonté de] continuer à rechercher la justice à travers l’application des règles de la charia sacrée ».

L’analyse d’Amnesty International, citée par Le Point, est qu’il faut, bien sûr, voir là une « indication de la façon dont la peine de mort est utilisée comme un outil politique pour écraser la dissidence au sein de la minorité chiite du pays ». Mais surtout, dit au magazine le dissident saoudien Ali al-Ahmed, non seulement les Saoudiens « n’avaient pas à exécuter ces gens, mais il est important pour eux de surfer sur la vague anti-iranienne des États-Unis ».

L’annonce, par Trump, lundi, de mettre fin au régime des dérogations qui laissait encore la possibilité à huit pays d’acheter du pétrole iranien est, pour les Saoudiens, une aubaine. Ils se sont immédiatement positionnés pour « offrir » leurs services en compensant la chute des exportations iraniennes.

Onze des suppliciés décapités lundi étaient accusés d’espionnage au profit de l’Iran, pays où l’on applique d’ailleurs la peine de mort avec la même allégresse. On ne peut, toutefois, qu’être d’accord sur cette analyse du ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif : « Être membre du groupe des B. – Bolton, Ben Salmane, Ben Zayed et “Bibi” – assure l’impunité pour tout crime », visant, par là, « le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, le prince héritier d’Arabie saoudite, le prince héritier d’Abou Dabi et le Premier ministre israélien ».

À quand, une protestation officielle de la France ?

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