De la même façon qu’il se passionne pour les engins motorisés de grosse cylindrée, monsieur Hulot se soucie de la santé des Français. Non sans quelques contradictions, le ministre de la Transition écologique vient d’annoncer un plan d’action pour accompagner le secteur agricole dans la réduction de sa dépendance aux produits phytosanitaires. Il est, en effet, avéré qu’il existe un lien entre certains cancers et l’exposition aux produits phytopharmaceutiques des professionnels de l’agroalimentaire. La gravité de ces pathologies amène le ministre à s’interroger sur la nécessité de réduire drastiquement l’usage des pesticides pour tendre aussi rapidement que possible vers leur abandon.

Son projet témoigne, cependant, d’une grande méconnaissance des réalités de l’ dans ses fonctions tant de production alimentaire que de gestion de l’ et des territoires. L’utilisation des produits phytopharmaceutiques n’est vue que sous son côté négatif, ou prétendument négatif.

Depuis plusieurs années déjà, les dosages ont été considérablement réduits, les molécules les plus nocives interdites, les consignes de manipulation et la formation des usagers très encadrées. Les tonnages de produits phytosanitaires utilisés en ont considérablement diminué. La France, ce grand pays agricole, n’est plus depuis longtemps le premier pays utilisateur de pesticides en mais se classe désormais huitième.

Dans le modèle agricole, tel qu’il existe aujourd’hui, promu et modélisé par cinquante ans de PAC, l’interdiction immédiate de l’usage de produits phytosanitaires est impensable. L’agriculture productiviste, déjà maintenue artificiellement en vie par les primes PAC, ne survivrait pas à une telle législation. Dans la déprime actuelle du monde rural, ce n’est vraiment pas le moment de provoquer une baisse de rendement, évaluée à 30 % dans le meilleur des cas.

Le seul plan d’abandon de l’usage de ces produits cohérent et raisonnable doit être articulé dans le temps autour de trois axes qui ne pénaliseront pas injustement les agriculteurs :

– créer les conditions économiques qui rendront possible l’abandon des pesticides ;

– permettre l’arrivée rapide de produits de remplacement en finançant la recherche et en accélérant les autorisations ;

– interdire l’importation de produits alimentaires ne respectant pas la même législation que la nôtre.

Or, actuellement, la conjoncture et les circonstances politiques n’apparaissent absolument pas favorables à une telle évolution radicale de la législation. Le budget de la PAC va être amputé de plusieurs milliards, toutes les filières sont touchées par la crise, la baisse de la production que ne manquerait pas d’engendrer l’abandon des produits incriminés n’est pas envisageable.

Seuls des idéologues déconnectés de la réalité du terrain pourraient évoquer pareille éventualité. Ce n’est vraiment pas le moment !

4 mai 2018

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