On l’a déjà dit et écrit ici: les voyant tourner à longueur de semaine de plateau télé en studio de radio, on se demande quand et comment tous ces médecins « spécialistes » qui nous saoulent de leurs commentaires peuvent encore exercer leur art. Depuis quand tous ces chefs de services, épidémiologistes et autres virologues patentés n’ont-ils plus vu de malades ? C’est à proportion, sans doute, du temps passé dans les médias : plus on connaît leur bobine, moins ils fréquentent leurs cabinets.

Cette sanitaire nous aura au moins appris que si l’on manque, dans ce pays, de lits de réanimation, on a pléthore de Dr Knock candidats à la célébrité. C’est simple, faites le test : combien de noms pouvez-vous citer, combien de ces gloires qui passent de « C dans l’air » à « L’Info du vrai » avant de délivrer leur minute anxiogène au JT sur , , BFM TV ou CNews ? Ils ont même presque réussi à éclipser Christophe Barbier, l’homme à l’écharpe rouge, c’est dire…

Leur quart d’heure warholien s’étant mué en CDI, ils auront du mal à retrouver l’anonymat. C’est humain. Alors, ils essaient de faire durer. Chaque soir, ils en remettent une couche : « Oui, certes, ça va mieux ; oui, c’est moins terrible que prévu mais ne nous y trompons pas, prévoyons quand même le pire car demain viendra l’Apocalypse », etc., et bla-bla-bla. Ben oui, mais ça ne vient pas… si si, vous allez voir, je sens que ça vient… /em>ad libitum.

Alors, forcément, quand l’ineffable a annoncé, vendredi dernier, que le gouvernement nous laissait encore un peu de marge de liberté — oh, pas grand-chose, hein —, on a vu s’afficher sur les écrans leurs mines dépitées. Comment, quoi, on refusait le « confinement serré » qu’ils appelaient de leurs vœux ?

Sophie Coignard, dans Le Point, les appelle les « médecins Tant Pis », allusion à la fable Les Médecins de La Fontaine. Ces gens « rêvent de remettre toute la France sous cloche » et n’ont pas caché « leur déception » quand le gouvernement a annoncé que « l’on pouvait encore se donner une chance d’éviter un troisième confinement », écrit-elle. Ce fut, pour eux, non point une chance mais, « au contraire, une calamité, un crime de lèse-majesté sanitaire ! Certains n'ont pas su garder leur dépit pour eux et brandissent à l'envi le “risque”, voire l'impéritie, d'une telle décision. Comme si le pays avait besoin d'une dose d'anxiété supplémentaire. » Comme les médecins de la fable, « ils triomphaient encor sur cette maladie ».

L’anxiété, c’est leur fonds de commerce. Un an qu’ils se font une rente sur la peur, car « seuls les médecins sont désormais écoutés comme des oracles », écrit Sophie Coignard. « un positionnement qui devrait les inviter à une certaine retenue », dit-elle. C’est mal connaître l’humanité, médicale ou pas. On connaît peu de gens qui renoncent à abuser du pouvoir quand on leur en donne.

Oracles, curés, pythies, oiseaux de mauvais augure… appelons-les comme on veut. Une chose est sûre : la sanitaire, savamment construite et entretenue, est une aubaine comme on en croise peu dans une vie. Et contrairement à ce qu’ils prétendent, ceux-là n’ont aucune envie qu’on en sorte.

Comme disait Jules Romains par la bouche du Dr Knock : « Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore. » Jamais la formule n’aura si bien collé à l’air du temps.

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2 février 2021

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