François Hollande sort un livre, Affronter, disponible, ce mercredi, dans toutes les bonnes librairies. Chez les hommes politiques, c’est une manie de publier des ouvrages leur permettant, dans un cas, d’expliquer ce qu’ils feront une fois arrivés au pouvoir et, dans l’autre, de se justifier de ne l’avoir pas fait quand ils étaient aux affaires. Il en est une autre, plus récente, qui consiste à tirer à vue sur les uns, ceux qui les ont précédés, et les autres entendant leur succéder.

À ce titre, l’essai de l’ancien Président est hautement emblématique, voire comique, quand il évalue ses cinq années passées à l’Élysée, lors d’un entretien accordé au Parisien, ce même mercredi : « Je revendique mon bilan. […] J’ai dirigé la France avec des réussites, mais aussi des échecs. » Le solde des derniers devait être plus accablant que celui des premiers, sachant que François Hollande ne s’est pas représenté en 2017, cas unique dans l’histoire de la Cinquième République. Pas de quoi pavoiser, certes, mais assez pour distribuer bons et mauvais points, tel le cancre qui noterait ses petits camarades, qu’ils soient ou non premiers de la classe.

Sans surprise, ses traits les plus acérés sont pour Emmanuel Macron ; il y a des plaies qui peinent à cautériser. Pour résumer, Hollande a fait Macron et Macron a défait Hollande. Celle qui a dû bien rire à lire ce livre, c’est évidemment Ségolène Royal. Alors qu’elle faisait campagne en 2007, soutenue par le père de ses enfants, telle la corde le pendu, il la trahissait dans les bras d’une certaine Valérie Trierweiler, plus tard délaissée pour ceux de Julie Gayet. Bref, François Hollande donnant des leçons de droiture, c’est Bernard Tapie qui se prendrait pour Saint Louis.

Emmanuel Macron, donc. Là, c’est l’ouverture du tir aux pigeons : « Un voyageur sans boussole sautant d’une conviction à l’autre comme une grenouille sur des nénuphars […] qui a déchiré les Français comme jamais. » Il est vrai que, dans ce registre, François Hollande les aura au moins rassemblés, fût-ce contre lui. Plus teigneux encore, toujours à propos du quinquennat de son ancien ministre des Finances : « Il ressemble étrangement à ce qu’aurait pu être un second mandat de Nicolas Sarkozy, suppression de l’ISF, défiscalisation des revenus du capital, ordonnances travail, réduction des droits des chômeurs, jusqu’à la nomination de son ancien collaborateur à Matignon. » Et d’enfoncer le clou : « Ce n’est pas en même temps, c’est l’air du temps. »

Manifestement remonté comme un coucou suisse, il ne juge pas l’actuelle gauche socialiste à son goût. Arnaud Montebourg ? « Un Zorro de la politique […] qui, s’il venait avec son programme au Conseil européen, apparaîtrait vite comme un zozo… » Anne Hidalgo ? « Doubler le salaire des profs ? Une telle mesure ne peut être ni générale ni immédiate. Elle doit être retravaillée. » Quant aux autres compétiteurs issus de son propre camp ? « À gauche, toutes les candidatures sont lilliputiennes. […] Elles se livrent à des batailles aussi picrocholines que microscopiques. »

Voilà pour la forme, sachant que, sur le fond, François Hollande voit malgré tout la lumière au bout du tunnel. Son espoir ? « La social-démocratie est la mieux placée pour redonner espoir à la France, face au désarroi, à la résignation, à la lassitude et à l’abstention. » Comment se fait-ce que personne n’y ait auparavant songé ? Mais bon sang, mais c’est bien sûr ! La « social-démocratie »… En attendant le retour du courant à 110 volts, de la voiture à gazogène, de la charrette à bras, à voile ou à vapeur ? En attendant, il appelle ce matin, sur France Inter, à voter pour Emmanuel Macron, tenu pour moindre mal, faute « d’alternative ». Tout ça pour ça.

Bref, la reconversion de François Hollande est assurée : depuis le départ de Jean-Jacques Peroni, on manque d’humoristes aux « Grosses Têtes ». À la place de Laurent Ruquier, on y réfléchirait de près.

 

20 octobre 2021

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