Cher Philippe Martel, vous souhaitez sensibiliser les lecteurs de Boulevard Voltaire à une cause selon vous essentielle, la chauvophobie ! Pouvez-vous nous en dire plus sur ce combat passablement méconnu et votre prise de conscience personnelle ?

Je ne souhaite pas m’étendre sur mon cas personnel qui n’intéresse personne. Disons simplement que j’ai appris très tôt que Voltaire, toujours représenté chevelu, était chauve et portait des perruques. Qu’un esprit aussi indépendant, un génie des Lumières, ait dû se plier à cette pratique m’a fait prendre conscience du système d’oppression qui était en place il y déjà plus de deux cents ans. La situation n’a fait, depuis, qu’empirer mais le temps de la calvitie honteuse, de la calvitie des caves, des réunions secrètes et des stratégies d’évitement est désormais révolu. Têtes hautes et crânes dégarnis, nous avons décidé de réagir !

C’est une discrimination qui touche majoritairement les mâles de plus de 50 ans. Poser cette catégorie de population en victime, c’est assez disruptif…

De fait, le mal touche davantage les hommes que les femmes et les plus de 50 ans que les jeunes gens. Mais nous voyons plutôt cet état de fait comme une sorte de double peine. À l’heure où des racisés chevelus paradent sous les ors de la République et sur les plateaux de télévision, convenez qu’il y a bien deux poids deux mesures.

Vous réclamez un plan d’urgence contre les violences faites aux chauves. Pouvez-vous nous en donner les grandes lignes ?

Permettez-moi, tout d’abord, une remarque. Plutôt que de parler de « chauves », vocable qui nous réduit, nous assigne à notre handicap, il serait préférable d’employer l’expression « personnes chauves ». Mais ne coupons pas les cheveux en quatre et venons-en aux mesures à prendre.

Le combat que nous portons ne pouvant être que collectif, il est essentiel que nous disposions des moyens pour le mener. Le financement public des associations de lutte contre la « chauvophobie » est prioritaire. L’État et les collectivités territoriales doivent être mis à contribution.

De même, un arsenal juridique doit être mis au point. A minima, nous exigeons :

– l’extension de la loi Pleven aux actes chauvophobes ;

– la pénalisation des insultes et discriminations dont nous sommes victimes ;

– l’obligation du CV sans photos ;

– la reconnaissance du déficit capillaire comme handicap ;

– la gratuité de l’accès aux soins (implants, postiches, produits phytosanitaires, etc.).

À plus long terme (nous sommes des gens réalistes), il faudra aller vers l’instauration de la parité chauves/chevelus au gouvernement, au Parlement et à l’Académie des César.

Bien entendu, cette liste est incomplète et le rassemblement du 1er avril nous donnera l’occasion de l’enrichir à travers d’échanges entre camarades de lutte.

Vous appelez à une grande manifestation de soutien, le 1er avril, à midi, au Trocadéro, sur le parvis des Droits de l’homme et vous garantissez que ce n’est pas un poisson d’avril. Vous précisez que « les personnes chevelues intersectionnelles sont bienvenues ». On peut donc être une femme de moins de 50 ans à la tignasse opulente et se montrer solidaire ?

Bien que nous considérions Boulevard Voltaire comme un média ami, force est de constater que vous êtes inconsciemment soumis à la pensée dominante en la matière. Imaginer que notre initiative puisse relever de la légèreté d’un poisson d’avril, c’est présumer que le combat porté par les personnes chauves n’est pas sérieux. Vous poseriez-vous la question à propos d’une manifestation portant sur un autre thème ? Nous avons, décidément, affaire à une « chauvophobie » systémique. Je le réaffirme donc avec force : le 1er avril, pas de poisson, manifestation ! Nous appelons nos soutiens à se signaler avec le hashtag #JySerai !

Nous avons trop subi, depuis trop longtemps. C’est désormais à une vaste mobilisation populaire, solidaire et citoyenne que nous appelons. Nous comptons sur la présence effective de tous ceux – et toutes celles – qui se retrouvent dans les valeurs que nous portons et incitons chacun – et chacune – à reprendre nos mots d’ordre en suivant les hashtags #ChauvesEnColére et #JySerai.

Les chauves (Twitter).

Les chauves en colère (Facebook).

Et ne l’oubliez jamais : #ChauvesLivesMatter !