Une pétition, qui a recueilli près de 86.000 signatures à l’heure où j’écris cet article, proteste contre la difficulté du sujet de mathématiques dans la série S. Elle demande notamment une “harmonisation des notes afin de ne pas pénaliser de façon définitive les lycéens de terminale S”.

Le ministère a répondu que le sujet de bac était « parfaitement en phase » avec les programmes et rappelé qu’il appartient aux commissions d’harmonisation de dire s’il est nécessaire ou non de revoir les barèmes initialement attribués. Alors, le bac est-il vraiment trop dur ?

J’ai interrogé un professeur enseignant cette discipline en terminale S : « Une épreuve de maths qui contient des maths… Rien de bien original, aucune question hors programme ! » a-t-il commenté. Il n’exerce pas dans un lycée d’élite parisien mais dans un lycée rural. Si le sujet était trop dur, il l’était surtout pour les lycéens qui ne maîtrisaient pas suffisamment leurs connaissances pour le résoudre.

Ce n’est pas la première fois que des élèves protestent contre la difficulté d’une épreuve. Mais qu’ils se rassurent : les barèmes sont conçus ou, le cas échéant, révisés pour que la notation soit comparable, d’une année sur l’autre. Il ne s’agit pas d’une “harmonisation”, comme l’appelle improprement le texte de la pétition, mais d’une adaptation aux productions des élèves. Il est même arrivé qu’on neutralise un exercice jugé trop difficile… au détriment de ceux qui l’avaient réussi.

Cette protestation est d’autant plus malvenue que le n’a guère, aujourd’hui, d’influence sur l’affectation dans l’enseignement supérieur : avec Parcoursup, les élèves sont affectés en fonction de leur dossier scolaire – ce qui peut se comprendre pour les filières sélectives –, la plupart avant le 6 juillet, date à laquelle les résultats peuvent être consultés.

Cette anecdote montre à quel point l’Éducation nationale est devenue un service soumis aux attentes des usagers. On voudrait que le fût à la portée du plus grand nombre tout en conservant sa valeur. Comme si l’ du diplôme ne contribuait pas naturellement à sa dévalorisation. Les élèves n’ont pas besoin d’exercer des pressions : le ministère s’arrangera pour que l’opinion ne s’émeuve pas des résultats.

La réforme du lycée, mise en place progressivement pour correspondre à la réforme du baccalauréat – il eût été plus logique de réformer le lycée avant de réformer le bac –, risque fort, malgré les bonnes intentions du ministre, d’aggraver la pression des usagers, c’est-à-dire des élèves et des parents, sur la correction des épreuves. La part importante du contrôle continu peut, en effet, susciter des pressions locales qui discréditeront encore plus cet examen. Sans compter les chefs d’établissement qui voudront que leur lycée obtiennent des résultats corrects pour être eux-mêmes bien notés par leur hiérarchie.

Pour que le conserve quelque crédit, il faut conduire les élèves au niveau du baccalauréat et non pas mettre le baccalauréat au niveau des élèves. Cet examen doit redevenir un véritable diplôme d’accès à l’université, pris en compte pour l’orientation dans l’enseignement supérieur. Il faut aussi l’adapter au travail et aux talents inégaux des élèves en élaborant des sujets comportant des degrés variés de difficulté pour que la notation puisse distinguer entre les bons et les médiocres. Il doit offrir à chacun la possibilité d’exprimer le meilleur, sans occulter le pire.

26 juin 2018

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