Editoriaux - Justice - Société - Supplément - 26 juin 2018

Grève SNCF : enfin, une injustice réparée !

Encore une attaque du grand patronat heureusement déjouée par le juge !

Rappelons les faits : la CGT et SUD Rail, toujours soucieuses de rappeler à l’opinion la pénibilité du travail au chemin de fer, excellent à trouver des solutions pour rendre l’absentéisme besogneux. La CGT, qui avait fait rire la France entière, en 2005, en expliquant alors que pour s’associer à la journée de solidarité du lundi de Pentecôte sans perdre un euro, il suffisait de l’éparpiller sur toute l’année à raison d’une minute et cinquante-deux secondes de travail supplémentaire chaque jour (sic), a eu encore une nouvelle super bonne idée.

Les syndicats ont imaginé, cette fois, un système dans lequel les jours de repos se juxtaposent aux jours de grève. Or, les jours de repos sont payés. Suffit juste de bien expliquer aux usagers pour qu’ils comprennent la différence : évidemment, vous n’avez toujours pas de train, mais attention, aujourd’hui, nous sommes en plein travail, mais… de repos. Voilà qui change tout ! L’usager, pour qui tout s’éclaire, est content et peut même, par solidarité, verser son obole aux valeureux grévistes – travailleurs – mais en repos. Il convient, alors, de bien distinguer la grève ordinaire de la grève exceptionnelle. La grève ordinaire, la normale, l’habituelle, toujours organisée au moment des vacances, est aujourd’hui admise par tout le monde comme faisant partie intégrante de la fonction cheminote. On pourrait même imaginer qu’un jour, elle soit intégrée au contrat de travail.

Mais, du coup, le problème apparaît avec la grève exceptionnelle, celle d’aujourd’hui. Car le refus obstiné d’être écoutés par cette direction insensible oblige les courageux syndicalistes à continuer la lutte. Ce qui, du même coup, laisse peu de place aux grèves ordinaires plus classiques, avec pour conséquence un vrai traumatisme de frustration pour les cheminots toujours soucieux de pouvoir bloquer les trains à tout moment au nom de la qualité du service public. Les syndicats ne pouvant donc plus différencier le travail du repos et des grèves, il est normal qu’ils exigent de faire payer l’ensemble. Las… Sourde à ces angoisses, la direction scélérate considérait, elle, que les différents préavis d’arrêt de travail sont réductibles à un seul mouvement, ce qui la dispensait de payer les jours de repos “grevés”.

Heureusement, le juge de grande instance de Bobigny (qui a sans doute renoncé depuis longtemps à utiliser le train), loué soit son nom, a condamné jeudi dernier la SNCF à les payer ! On respire. Il conviendra, tout de même, de contrôler désormais l’assiduité à la grève, car n’ayons aucune illusion : dès lors qu’ils seront payés, certains cheminots indélicats pourraient oser aller travailler.

Tout cela permet, en tout cas, à notre société embourgeoisée de rompre la monotonie : contrairement aux autres pays d’Europe où les trains sont utilisables (ne parlons pas du Japon, où la Tsukuba, qui gère la ligne Tsukuba Express reliant Tokyo à sa grande banlieue nord, s’est excusée en public au motif d’une rame partie de la gare de Minami-Nagareyama avec vingt secondes d’avance), en France, ça coûte plus cher mais, en contrepartie, on échappe totalement à la monotonie de cette médiocrité efficace. Ainsi, chez nous, on ne sait jamais à l’avance ni où ni quand ou même si on arrivera, du moins lorsque les trains n’ont pas été supprimés, et c’est beaucoup plus amusant !

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