On ne va pas se raconter d’histoires : la a pour but de faire baisser les dépenses. Le gouvernement avance, entre autres arguments, qu’il veut simplifier : notre système de retraites en France est trop compliqué, il y trop de régimes, on ne s’y retrouve pas, même si certains s’y retrouvent très bien… Mettons. Dit comme ça, on ne peut qu’être d’accord. Question : un gouvernement prend-il le risque d’un conflit social qui peut durer, notamment dans une société déjà très tendue, uniquement parce qu’il veut simplifier ?

Mais le gouvernement évoque aussi son souci d’égalité. L’égalité, c’est un truc qui marche bien, en France. « Le désir du privilège et le goût de l’égalité, passions dominantes et contradictoires des Français de toute époque », écrivait d’ailleurs de Gaulle dans La France et son armée. Alors, c’est le slogan érigé en principe, beau comme l’antique : un euro cotisé donnera les mêmes droits à tous. Dit comme ça, là aussi, on ne peut qu’être d’accord. En principe.

En principe car, en pratique, apparemment, il y aurait comme un doute, vu le monde dans la rue, le 5 décembre. Certes, d’aucuns diront qu’il n’y avait que les classes privilégiées à défiler. D’où cette nécessité de faire de la pédagogie selon l’idée d’ores et déjà bien établie que les Français sont de grands benêts qui ne demandent qu’à comprendre. Jean-Michel Blanquer, très pédagogue justement, déclarait, lundi, sur RTL, que « certains sont en grève parce qu’ils ne comprennent pas tout, donc c’est aussi notre travail d’expliquer avant le 5 »… Le travail n’a pas dû être si bien fait que ça puisqu’il y aurait eu 800.000 manifestants dans la rue, jeudi.

Mais ne nous racontons pas d’histoire, disions-nous : il s’agit de faire baisser les dépenses. À la demande de Bruxelles ? Pas du tout, affirmait, jeudi, , la secrétaire d’État aux Affaires européennes, sur BFM Business : « On fait cette réforme pour les Français. Personne ne nous demande de la faire. L’Union européenne ne nous demande pas de faire cette réforme. » Cependant, du côté de Bruxelles, « plusieurs observateurs européens saluent le courage du Président français qui a pris ce dossier à bras le corps », expliquait, mercredi, le journaliste de franceinfo Pascal Verdeau. Car, toujours selon ce journaliste, « depuis des années, c’est devenu un mantra, ici à Bruxelles, la France doit réformer ses retraites pour alléger sa dette publique »… Mais personne ne nous demande de faire cette réforme.

Cependant, déjà en juin 2018, Challenges titrait : « Retraites : Bruxelles pousse la France à faire des milliards d’économie. » Selon ce journal, la Commission européenne incitait la France à réduire ses dépenses de retraite. Le Conseil de l’Union européenne avait, d’ailleurs, émis une recommandation très intéressante à lire car on y retrouve, en gros, les mots-clés répétés actuellement en boucle par le gouvernement : « uniformisation », « transparence », « équité » (qui, il est vrai, n’est pas l’égalité). On lit, notamment : « Une harmonisation des règles de calcul contribuerait […] à une meilleure maîtrise des dépenses publiques […] Un système des retraites plus simple et plus efficient générerait des économies plus importantes […] Selon une étude récente, l’alignement de différents régimes de retraite des secteurs public et privé réduirait de plus de cinq milliards d’euros les dépenses à l’horizon 2022. » Comme il n’est pas question, pour l’instant, d’aligner les vieux contre un poteau, comment ne pas traduire ces mots par une baisse des pensions pour les futurs retraités ? Car on doute que l’on générera des économies substantielles simplement en mettant en place plus de « transparence » !

On s’étonne un peu que ce gouvernement, pourtant européen assumé et convaincu, ait, sur ce dossier des retraites, l’Europe, sinon honteuse, tout du moins aussi discrète. Donc, personne ne nous demande de réformer les retraites. Seulement des recommandations.

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