Editoriaux - Industrie - Politique - Table - 20 janvier 2018

Pour un patriotisme d’avant-garde

Quelques centaines d’anarcho-écolos auront suffi pour que la main tremblante d’un exécutif capitulard signe l’abandon définitif du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Et tant pis si 55 % des locaux consultés y étaient favorables. Après l’abandon de Notre-Dame-des-Landes, c’est l’agrandissement (pourtant prévu de longue date) de l’aéroport Nantes Atlantique qui commence à être contesté. On invoque, tour à tour, les nuisances sonores, le coût et, bien sûr, l’imparable argument écologique. Va-t-on aller jusqu’à contester le principe même de l’aviation et décréter que l’Homme, créature terrestre, n’a rien à faire dans les airs ?

Les zadistes ne sont pas les seuls à s’opposer aux vilains avions qui enlaidissent nos verts paysages. On y compte aussi bon nombre de mastodontes dextrogyres qui se sont opposés aux nouveaux aéroports, à la transition numérique, à l’homme augmenté, à la conquête spatiale et qui pourraient finir par contester même la roue, cette immonde invention mondialiste venue de Mésopotamie.

Ces débats autour de la technologie et de la modernité ne sont, finalement, qu’une expression du profond clivage entre deux conceptions de la France : celle qui regarde l’avenir et celle qui mythifie la belle misère d’autrefois – vous savez, ce temps où on n’avait pas de WC mais où on avait des valeurs…

Le patriote américain veut conquérir Mars ; le patriote russe rêve d’une Union eurasienne ; le patriote turc aimerait reconstituer l’Empire ottoman… Et le patriote français ? “Mon village, ma forêt, mon jardin autosuffisant”, voilà toute son ambition ! Voilà le leitmotiv du natio français dont le seul but est une nation champêtre de paysans et d’artisans, de clochers et de terroirs.

La faute revient aux lubies antimodernes et technophobes, avatars de l’indécrottable esprit maurrassien qui gangrène le nationalisme français depuis plus d’un siècle. Car qu’est-ce que l’écologisme intégral, sinon la version édulcorée du “nationalisme intégral” cher à Maurras. Et cet antilibéralisme, parfois aux relents antisémites, n’est-il pas l’expression étriquée d’un maurrasso-pétainisme 2.0 ? C’est bel et bien le chef de l’Action française qui a théorisé le principe de “la France seule”, dont l’esprit plane toujours sur les patriotes, les privant de toute crédibilité et les cantonnant au rang de guignols sur l’échiquier politique.

Non, Messieurs. La “France seule” ne peut exister. À l’heure où les enjeux sont planétaires et bientôt galactiques, il n’est plus temps à ces fantaisies dignes d’un Amish. Si notre pays veut survivre et rayonner, c’est la puissance qu’il doit viser. Et pour ce faire, l’économie, la technologie et l’industrie sont de précieux moteurs qu’on ne peut négliger sous peine de faire fuir cerveaux et capitaux et d’être déclassés. La France peut être la nouvelle thalassocratie européenne, voire mondiale. Patriotes, au lieu de nous terrer dans nos huttes de Hobbits, sortons voir le monde, il n’est pas aussi laid que vous le serinent les “réinformateurs”. Au lieu de nous complaire dans un rôle masochiste et mystique de derniers Mohicans à la cause perdue, soyons la nouvelle Athènes du troisième millénaire ! Soyons l’Empire !

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