Editoriaux - Union Européenne - 26 mars 2019

Pas de réponse à la question posée ? On n’y répondra pas ! Simple comme du BHL…

Je croisais, dans les années 1980, une femme qui me poursuivait de ses ardeurs LGBT (Eh oui, Madame Schiappa, le harcèlement, c’est aussi ça…). Pour me séduire, elle se vantait de rouler dans la 4L d’Alain Geismar – solide, la 4L ! – et de se servir dans les boutiques de Saint-Germain-des-Prés sans passer à la caisse. Je lui avais demandé pourquoi pas Monoprix. Réponse : « Je pose des actes politiques. »

Notre BHL national, phare de la pensée et stratège de la guerre en Libye – il ne faut jamais l’oublier -, pose lui aussi des actes politiques. Je découvre, en effet, dans l’entretien qu’il a accordé à L’Écho (site belge), ce préambule : « C’est une silhouette spectrale qui sort du siège arrière de l’Audi hybride – “l’ancienne voiture de Mestrallet”, nous glisse-t-on. »

À chacun ses références, ici le soixante-huitard, là le PDG de multinationale…

Le prince à la grande échancrure est venu à Bruxelles, invité par Engie pour y présenter sa pièce de théâtre Looking for Europe. Il fait la tournée des capitales avec son nouveau pensum : « Un seul en scène qui dénonce les populismes ; un cri d’alarme jeté sur scène, comme dans la Grèce antique. » On imagine le public : rien que des invités triés sur le volet qui baillent d’ennui en attendant les petits fours et les toasts au caviar. Sûrement pas du gilet jaune qui sent le pâté et la sueur sous les bras.

Sur le fond, BHL s’en tient au manichéisme cher aux intellectuels du temps, l’argument guerrier en bandoulière : l’Europe, c’est bien parce que c’est la paix. Point. Circulez, y a rien de plus à en dire. « Depuis 70 ans, il n’y a plus eu de guerre en Europe. Les guerres ont eu lieu en Bosnie et en Ukraine. Elles ont eu lieu là où l’Europe ne s’était pas faite, là où elle restait vulnérable aux folies extérieures », assène celui qui nous a abreuvés, au fil des décennies, de ses “reportages de guerre” parfois totalement bidonnés.

L’Europe, dit-il, a fait notre bonheur à tous. “Malheureusement, les gens ne veulent pas toujours savoir, c’est pour ça que les “fake news” se répandent.”

Et le vote populiste, demande le journaliste : « Comment détourner leurs sirènes et faire entendre raison à ceux qui, comme vous dites, préfèrent ignorer ? » Aucun souci : « Plusieurs moyens, dit BHL. Par exemple, quand cette population-là vote pour le pire, le racisme, l’antisémitisme, la haine, quand ils sont encore minoritaires, je pense qu’il faut leur dire : on ne tiendra pas compte de ce que vous dites.” Un peu gêné, l’interlocuteur hasarde : « Ce n’est pas très démocratique… » Si si, répond l’autre, « c’est démocratique. On a parfaitement le droit de dire à une partie de l’électorat : “Ne perdez pas votre temps ; les voix de la haine, de l’antisémitisme, du racisme, ne seront pas entendues”. »

Je me demande pourquoi on se prend le chou alors que tout est si simple : ici les bons, là les méchants. Ici ceux qui sont autorisés à l’ouvrir, là ceux qui doivent la fermer. Et en haut BHL, son yacht, son riad à Marrakech et ses injonctions : « Quand Jean-Marie Le Pen était à 20-25 %, quand le Parti communiste était au même niveau, j’étais partisan de leur dire à tous les deux : “Il n’y a pas de réponse à la question que vous posez. On n’y répondra pas”. »

Non, mais, c’est vrai, quoi, manquerait plus que ça, qu’on leur réponde !

BHL, pourtant, est un homme généreux. Dans sa pièce, il milite pour le revenu minimum universel de Benoît Hamon, parce que “c’est devenu élémentaire, au degré de richesse que connaissent nos sociétés, qu’il n’y ait plus personne qui dorme dans la rue”. Waouh ! Ça, c’est beau, coco ! Il est pour l’impôt sur la fortune et « pour un quantitative easing du pouvoir d’achat ».

J’ai fait un rêve : Le Gloupier attendait BHL à sa descente de voiture, un gros gâteau crémeux à la main. Et, pour la douzième fois, il l’entartait en chantant « Entartons, entartons les pompeux cornichons ! »

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