Editoriaux - 14 avril 2019

Parlement européen : Macron botte en touche !

C’est la nouvelle cheftaine de la CDU, la « dauphine » de Tatie Merkel, qui a relancé le débat il y a quelques semaines en se prononçant sans ambages, dans une tribune, pour le déménagement du Parlement européen à Bruxelles. Pour rassurer le Landerneau alsacien, notre pompier-pyromane élyséen s’est fendu, le 8 avril dernier, d’une bafouille au président de la région Grand Est pour l’assurer de son soutien, comme si les dés n’étaient pas pipés depuis belle lurette déjà…

Le Parlement européen, on le sait, peu médiatisé, ne fait guère recette dans l’opinion, n’intéresse guère nos compatriotes, encore moins quand il siège, comme cette semaine, une fois par mois dans son hémicycle strasbourgeois. Contrairement à leurs collègues allemands ou italiens, les médias français, le plus souvent, le snobent même superbement, au mieux le traitent par-dessus la jambe, poussant même le bouchon un peu loin. Ainsi, le 20 heures de France 2 avait réussi, un jour, le tour de force de commenter les débats strasbourgeois en direct du correspondant de la chaîne à… Bruxelles ! La télé nationale avait juste envoyé un caméraman (des archives auraient suffi…) tourner quelques images de l’hémicycle strasbourgeois pour illustrer le propos de son commentateur. Tout un symbole, une anecdote qui en dit long sur le désintérêt croissant de nos amis français pour la métropole alsacienne…

Bruxelles über alles… et ça ne date pas d’aujourd’hui ! Selon une étude de l’université de Zurich, publiée dès 1991, il s’avérait déjà à l’époque que, dans leur immense majorité, 91 % des députés européens préféreraient Bruxelles à Strasbourg, si un seul siège devait être retenu, contre 70 % en 2010. Et il ne fallait surtout pas compter sur les parlementaires français pour défendre la capitale alsacienne. Selon la même étude, seuls 28 % de nos élus hexagonaux choisiraient Strasbourg, mollement soutenus en cela par nos présidents successifs qui, pas plus « punchy » que nos députés, s’en sont toujours tenus au seul « symbole » de la capitale alsacienne : « Strasbourg est un symbole de la réconciliation de notre continent. C’et à ce titre qu’elle est le siège du Parlement européen, mais aussi du Conseil de l’Europe et de la Cour des droits de l’homme », écrit le chef de l’État dans sa lettre de soutien.

Ce « mais aussi » est resté en travers de la gorge des élus alsaciens dont d’aucuns estiment que le locataire de l’Élysée botte en touche quand il évoque, par ailleurs, « le statut de capitale européenne, inscrit dans les traités », et qu’il pourrait très bien, en fait, ne soutenir que le siège du Conseil de l’Europe établi à Strasbourg depuis le traité de Londres (sic) en 1949.

Tout se passe comme si le Parlement européen à Strasbourg n’était, vu de l’extérieur, que la résidence secondaire des institutions européennes, véritable tonneau des Danaïdes pour la ville comme pour les finances publiques. L’État lui octroie régulièrement des millions d’euros pour donner à Strasbourg « les moyens de son rayonnement et de son attractivité européenne ». Jusqu’à quand entretiendra-t-on pour Strasbourg l’illusion d’une hypothétique et unique capitale européenne ? « Strasbourg traversé en riant/Leur avait semblé bien moins grand/Qu’une grande place de banlieue… » ironisait déjà, féroce et cruel, Jacques Brel (in L’amour est mort). Il est vrai qu’il était de… Bruxelles !

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