Editoriaux - Société - 15 janvier 2020

Par le regard : quand les féministes inventent le viol sans contact…

Messieurs, il n’y aura peut-être bientôt que deux façons de croiser une femme : avec une paire de lunettes de soleil sur le nez ou en fixant sagement le bout de vos chaussures. On apprend, en effet, dans Libération que le concept de « eye rape » – « viol par le regard » – importé (bien sûr) des États-Unis « gagne l’Europe ». Et le journal de se poser une question d’importance : « À partir de quel moment le regard posé sur vous porte-t-il atteinte à votre intégrité ? » « Pourra-t-on bientôt porter plainte contre un regard jugé insistant, dégradant ou non désiré ? » Où poser le curseur ? Sera-ce question de temps ou d’intensité ? Un regard prolongé ou un regard appuyé ? Mais, tout bien réfléchi, un regard fuyant, détourné n’est-il pas, lui aussi, suspect, car le signe d’une pensée mal placée que l’on cherche à cacher ? Est-ce qu’on devient dingue ou cinglé ?

On se souvient que, le lundi 30 juillet 2018, à la veille du vote de la loi contre les violences sexuelles et sexistes, des infographies de M6 et du Parisien avaient suscité l’émoi sur les réseaux sociaux en citant, dans la liste des comportements susceptibles d’être verbalisés, « les regards insistants ». avait levé les yeux au ciel en criant à la « fake news », cette mention ne figurant pas en réalité dans le projet de loi.

Pourtant, les « regards appuyés » apparaissaient bien – on y voyait un pictogramme avec un homme à jumelles – dans la liste « des différentes formes, toutes inacceptables », de harcèlement sur le site officiel femmes.gouv.fr
.
La vérité est que l’on y vient. Tranquillement, mais sûrement.

Et après les œillères viendra le scotch sur la bouche, comme en maternelle.

Ainsi, l’essayiste belge Marie Peltier, diplômée de l’Université catholique de Louvain, enseignante en histoire à l’ISPG de Bruxelles, vient-elle de tweeter tout à trac : « Le mec BCBG dans la rue qui s’étonne que tu lui répondes “Va te faire foutre” à son “Vous êtes superbe, madame”. Ne jamais penser que le harcèlement sexiste est une affaire de classe sociale : les mots changent (un peu, parfois), le comportement machiste est toujours pareil. »

On a compris l’idée : mettre dans le même sac le compliment de l’homme bien élevé et la proposition salace du rustre déchaîné parce que tous deux – notre essayiste belge a, bien sûr, le don de le lire dans les pensées – auraient, in petto, les mêmes visées. Gentil ou méchant, gentleman ou voyou, courtois ou grossier, prévenant ou violent, l’homme est coupable, coupable, coupable car doté des mêmes bas instincts. Il n’y a pas d’éducation, seulement de la dissimulation. Pas un pour sauver l’autre. Ni miséricorde, ni rédemption. Même Torquemada était un procureur globalement plus sympa que cette dame-là.

Le plus étonnant est le retour de balancier. Les mêmes qui nous ont vendu la libération sexuelle crient, aujourd’hui, au viol virtuel : elles sont devenues puritaines comme des douairières victoriennes. Expérience faite, ce n’était donc pas tant la fête ? Il y a quelques jours, Libé reconnaissait avec une certaine honnêteté avoir fait, jadis, la promotion de la pédophilie. Dénoncer, aujourd’hui, le viol en mode Bluetooth, sans le moindre contact, le virage n’est-il pas un peu serré ?

Le plus inquiétant est la confusion généralisée : à assimiler regard et viol, compliment et insulte, manière courtoise et geste déplacé, on criminalise l’un et l’on banalise l’autre. En mettant, de ce fait, la femme désorientée en danger comme jamais.

Le plus attristant est la disparition programmée de la galanterie – si joliment française, comme l’a décrite Claude Habib – que cette hargne voue aux gémonies.

Surtout, le plus horripilant et leur façon de nous imposer leurs impérieuses lubies : si elles n’aiment pas, qu’elles n’en dégoûtent pas les autres. Et, surtout, que ces représentantes autoproclamées d’une gent féminine qui ne les a jamais élues ni désignées fassent preuve d’un peu d’humilité et cessent de parler au nom de la moitié de l’humanité.

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