Notre démocratie moderne est-elle celle de la “No Security” ?

Un péril jaune a fait trembler la Macronie. Cependant, la contestation sociale 2.0 veut encore entretenir le spectacle (des courageux campent encore sur les routes). Hommage doit être rendu au désir de souveraineté et au besoin d’identité. Mais les villes-musées sont devenues des cours de récréation pour des enfants trop gâtés : cette diversité tant adorée par ceux qui veulent créer une nouvelle humanité. Les boutiques, les bars, les restaurants et les agences bancaires ont dû apprendre à se barricader. La société civile ne garantit plus la sécurité. Les dépositaires de l’autorité publique implosent en prenant conscience de leur inutilité. Concomitamment, la disparition de la classe moyenne ouvre le champ à l’ère de l’insécurité intégrale : aussi bien physique que sociale et économique.

La démocratie moderne, tant vantée par les Lumières, s’effondre durablement : la liberté n’y rime plus avec la sécurité. Le libéralisme, sous sa forme uniquement politique, fondait un État protecteur des propriétés ainsi que des libertés. La sûreté des biens, des terres et des personnes devait être la seule préoccupation de cet État minimal (de Hobbes à Montesquieu). Mais l’économie des plaisirs devait avoir vocation à annihiler tout sentiment d’insécurité, la jouissance individuelle devenant le principe de l’action citoyenne (Adam Smith, Jeremy Bentham, et leurs lointains disciples comme le Président Macron). Nietzsche avait compris cette erreur moderne, trop moderne : “L’homme n’aspire pas au bonheur ; il n’y a que l’Anglais qui fait cela.” De fait, la mort du propriétaire est inhérente à celle des territoires.

Le développement des technologies de l’information et de la communication a rendu exponentiel ce processus anthropologique, et ce, en rapprochant virtuellement les individus pour mieux les séparer réellement. Partout, le réseau prend le pas sur le contrat. Il fallait supplanter les frontières par les fenêtres. La dissolution des nations voulue par les lobbies multiculturalistes (l’Open Society Foundations de George Soros) se manifeste à présent comme une caisse de résonance transhumaniste : créer des sociétés liquides pour l’avènement des humanoïdes, des hommes faisant un avec l’objet. Irrémédiablement, la connexion n’est pas tant un lien qu’un enfermement.

En outre, la sécurité économique et sociale détermine l’impunité financière et fiscale. Si exister, c’est migrer, se fixer signifie s’enterrer. L’avenir appartient ainsi à celui qui peut voler avec sa garde rapprochée. Dans tous les cas, « No security » renvoie nécessairement à la self-defense. On ne peut être ouvert sans frontières. Car, dans un lieu sans limites, il n’y a ni de dedans ni de dehors. Et quand tout est à tout le monde, plus rien n’est à personne. Les sociétés libérales peuvent déjà se passer d’un ministre de l’Intérieur : il ne peut y avoir d’intérieur quand il n’y a plus d’extérieur. Aujourd’hui, la sécurité est privée ou n’est pas.

Enfin, l’ego numérique efface définitivement toute conscience politique. Celui-ci doit apprendre à se doter de protections par l’achat ou la combine. Quoi qu’il en soit, ses data resteront entre les mains des maîtres du jeu informatique. Définitivement, la société démocratique n’est plus celle de la sécurité mais de la surveillance cachée : tout un monde offert aux voyeurs et aux guetteurs. Pis encore : des gens paieront cher pour connecter leurs appareils domestiques à une voix robotique. Servitude volontaire oblige (La Boétie), le nouvel ordre totalitaire progresse durablement. Une main de fer dans un gant de velours : tel est le projet d’angoisse perpétuelle.

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