Nicole Belloubet à l’Éducation nationale ? « Ce qui pouvait arriver de pire »

Roger Chudeau

Roger Chudeau est député RN du Loir-et-Cher. Cet ancien inspecteur général de l'Éducation nationale réagit à la nomination du nouveau ministre, Nicole Belloubet, pour les lecteurs de BV.

Sabine de Villeroché. Que pensez-vous de cette nomination ?

Roger Chudeau. La nomination de Nicole Belloubet-Frier à l’Éducation est ce qui pouvait arriver de pire au ministère de l’Éducation nationale et à notre système éducatif. Quatrième ministre en 18 mois, elle est le dernier avatar d’une politique éducative erratique, dépourvue de vision et d’ambition pour notre école. Mme Belloubet coche toutes les cases de l’inconsistance politique et de l’incompétence : issue de la gauche « Terra Nova », ses prises de position sur les affaires Traoré et Mila comme garde des Sceaux montrent qu’à l’évidence, elle ne défendra pas sérieusement la laïcité de notre école et qu’elle n’entreprendra rien de sérieux pour mettre un terme à la tentative de mise sous emprise de celle-ci par le communautarisme islamiste. Les dégâts quotidiens de cette entreprise sont parfaitement décrits dans le dernier ouvrage de Jean-Pierre Obin Les profs ont peur (Éditions de l'Observatoire) et l’étude de Madame Bergeaud-Blackler sur le frérisme est, elle aussi, dépourvue de toute ambiguïté à cet égard. Mme Belloubet peut être considérée comme très proche de l’islamo-gauchisme, ce qui s’avérera redoutable pour notre école.

Rectrice d’académie, elle démissionne pour dénoncer le budget de l’Éducation nationale. On voit là où elle place sa loyauté républicaine. Ses prises de position sur la pédagogie, l’autorité, la transmission des connaissances sont du niveau d’une revue pédagogiste des années 90. Elle n’a manifestement pas réfléchi le moins du monde sur l’état désastreux de notre école et les moyens d’y remédier. Nommée pour apaiser les syndicats enseignants et l’aile gauche de la Macronie, son cahier des charges est clairement politique alors même qu’elle ne représente, en tant que personnalité publique, qu’elle-même.

S. d. V. Quel est l'état de l'école aux premiers jours du ministère de Nicole Belloubet ?

R. C. L’école de la République, notre système éducatif est au bord de l’implosion. Les derniers résultats de PISA réalisés sur une tranche d’âge qui a intégralement bénéficié de errements de la politique éducative de François Hollande (Peillon, Vallaud-Belkacem et Hamon) montrent l’étendue des dégâts. 50 % des élèves de 6e ne maîtrisent pas la lecture fluide. La même proportion se retrouve en 4e. Les mathématiques sont en lambeaux et les connaissances historiques atterrantes. Les démissions se multiplient dans le corps enseignant et les concours reçoivent moins de candidats que de places ouvertes dans les grandes académies. Les REP situés dans les territoires perdus de la République (1.300 quartiers prioritaires de la ville) sont en déshérence. L’école rurale voit encore fermer, pour l’an prochain, 1.709 postes de professeurs. Nous sommes en face d’un désastre, produit de décennies de déconstruction de l’école. Et cela continue : au lieu de renforcer les enseignements du français, le ministre annonce, à la suite de Gabriel Attal, un nouveau programme d’éducation sexuelle et d’empathie ! L’intrusion de sujets sociétaux dans notre enseignement rend totalement illisibles les priorités éducatives.

S. d. V. Pensez-vous que les décisions de Nicole Belloubet seront dans la droite ligne des annonces de fermeté de son éphémère prédécesseur Gabriel Attal (refus de l'abaya, retour de l'uniforme, fin des atteintes à la laïcité et retour de l'autorité) ?

R. C. Bien entendu, Mme Belloubet fera le minimum utile pour sembler suivre la ligne Attal de fermeté et d’exigence. À noter que cette ligne est surtout faite de slogans et de déclarations, lesquels sont directement inspirés du programme présidentiel de Marine Le Pen, dans une vaine tentative de récupération de thèmes populaires. Mme Belloubet mettra cela en œuvre en se pinçant le nez, mais placée directement par son directeur de cabinet, sous le contrôle de l'Élysée, elle s’exécutera. Il n’y a rien à en attendre que de la communication gouvernementale. L’école est abandonnée à elle-même et tombera de Charybde en Scylla. Seul le groupe RN de l’Assemblée nationale est aujourd’hui capable de proposer un projet complet de reconstruction de l’École de la République.

Sabine de Villeroché
Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

33 commentaires

  1. Il n’y a que les naïfs qui croient encore à ce gouvernement ! Depuis 7 ans, des centaines d’exemples sont là pour nous le confirmer ! Le mensonge, des paroles sans lendemain, les contradictions sont synonymes du macronisme. Hélas, les français ont comme maxisme  » les chiens aboient et la caravane passe  » ! et jusqu’en 2027 !

  2. Tous ceux qui ont cru qu’Attal voulait changer quelque chose à l’éducation nationale ont la preuve, avec la nomination de Belloubet, qu’il a fait uniquement de la com’ !

  3. Hélas il en va de l’école publique comme de tout le reste, sous une apparence de débâcle se profile les traits d’une société émergente qui sera de plus en plus violente et qui débouchera sur la domination du plus fort du plus violent qui pour le moment attend son heure. La partie n’est pas jouée et se jouera en 2027 à coup sûr. Si les français se laissent encore berner une fois de plus ce sera la fois de trop.

  4. Une véritable catastrophe, savamment orchestrée une fois de plus afin de contribuer à la déconstruction accélérée de notre pays. A quand un sursaut salvateur des français ?!

  5. Mme Belloubet n’a pas été nommée pour l’amélioration du niveau des élèves, mais pour calmer le lobby des profs gauchos auxquels Oudéa Castera avait déplu !

  6. Je me demande si le plus grand mal dans notre société, pire que l’islamisme, n’est pas le wokisme que le monde de l’enseignement excelle à cultiver et dans lequel il se complait. En effet, si l’islamisme veut et pratique la mort de notre civilisation pour notre plus grand malheur, et à ce titre on peut clairement l’identifier et le combattre, le wokisme a exactement le même but de destruction, mais pour notre plus grand bien, parait-il !

  7. « Les mathématiques sont en lambeaux et les connaissances historiques atterrantes. » Disons plutôt les ignorances historiques.

  8. Et l’ effondrement se poursuivra car les enseignants ont peur !!!! Peur même de se l’ avouer. Ne plus recruter aux concours en est le signe le plus significatif ! Eux aussi furent pourtant jeter en pâture. Tous les congés scolaires, horaires agréables, salaires confortables, etc….Et aujourd’hui….Plus personne le leur jalouse. Oui, il y a bel et bien une partition dans ce pays qui évolue rapidement. En parler, vous ostracise systématiquement, et pourtant….Regarder à nouveau ce film de science fiction  » Le village des damnés  » Hélas, nous sommes sur le Titanic….Gare au choc…

  9. Le seul qui pouvait faire avancer les réformes c’est Monsieur Blanquer mais l’islamisme et le grand Timonier sont des éléments incompatibles dans cette entreprise

  10. Décidément, nos hommes au pouvoir, pour faire croire qu’ils sont dans le ton, piquent les idées de la droite en paroles, ce n’est qu’en parole et donc cala ne va pas loin.

  11. J’ en doute , au contraire , si cela était vrai ,cela ferait longtemps que le corps enseignant obtiendrait des justes remunerations

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