Editoriaux - Société - Sport - 31 mars 2019

N’en déplaise au regretté Thierry Roland, la Coupe de la Ligue n’a pas quitté la France !

Ouf, on l’a échappé belle ! Il y a quelques années, un paquet d’années déjà, suite à la victoire du Racing Club de Strasbourg en Coupe de France – c’était en 1966 -, l’ineffable Thierry Roland – le ballon rond ait son âme – avait lâché : « La Coupe quitte la France. » Rien de tel samedi soir et, ce dimanche matin, dans les commentaires parfois un peu acidulés sur les qualités de cette équipe de Strasbourg, « piètre vainqueur aux tirs au but » de cette Coupe de la Ligue que le Racing strasbourgeois – on l’a parfois oublié – remporte pour la troisième fois.

« Quitter la France », chers compatriotes de Thierry Roland, cela nous est arrivé à plusieurs reprises depuis 1870, et le dernier retour des Alsaciens dans la mère patrie, en 1945, ne s’est pas toujours passé dans les meilleures conditions. « On ne peut pas reprendre un peuple comme on va chercher sa montre au mont-de-piété », écrivait, en 1946, l’Alsacien Jean Schlumberger, l’un des fondateurs de La Nouvelle Revue française (NRF) avec André Gide, dans « L’Alsace perdue et retrouvée ».

En jetant, aujourd’hui, un regard un peu critique sur ces années d’après-guerre, dans le rétroviseur de mon enfance, je me rends compte que les « enjeux culturels du moment », comme on dira plus tard dans Télérama, étaient sans doute trop complexes pour le trop jeune ou trop naïf petit écolier de l’époque, Petit Chose en tablier trop ingénu pour qu’il puisse décrypter, à leur juste mesure, téléguidées de Paris, les directives assimilationnistes que l’on maquillait de bleu-blanc-rouge, dans la tête des citoyens alsaciens redevenus français… Les instructions édictées en faveur de la francisation à tout prix donnèrent l’impression, aux Alsaciens, qu’ils parlaient « la langue de l’ennemi » : ce fut le début d’une assimilation à marche forcée. « L’alsacien de toutes les libertés », l’alsacien, la langue de ma rue, partagée avec les Wackes (garnements) de mon quartier, allait devenir, au fur et à mesure de mon cursus scolaire et universitaire, la « langue de l’interdit ». Son usage était implacablement réprimé en classe comme en cour de récréation, sous peine de retenue le jeudi, par les bons pères de mon collège épiscopal, appliquant, un tantinet faux-culs, les laïques recommandations de l’enseignement public. « Il est chic de parler français ! » (sous-entendu : il est plouc de parler l’alsacien…) était le slogan qui devait nous complexer…

Langue de l’interdit, enfin, le dimanche auprès de ces donzelles de bonne famille « de l’intérieur », comme on dit chez nous, que l’on ne pouvait séduire qu’en version originale française, sous-titrée néanmoins de quelques tendres « schatzele » ou « mickele », chuchotés innocemment à l’oreille outragée de ces jouvencelles effarouchées. C’était, en quelque sorte, nos « jeux interdits » d’adolescents un peu fripons, entre deux « baisers volés », dans un vague « ciné-kines » de banlieue où l’on ignorait même, jusqu’à leurs titres, les films d’Agnès Varda et de la nouvelle vague.

L’exploitant du ciné-puces de mon quartier leur préférait une programmation plus nostalgique, celle des « Heimatfilme », ces bluettes sentimentales du cinéma allemand, sous-titrées en français, dont raffolaient les « Heïdi » de nos cinémas de banlieue. Mais peu importe la pellicule, pourvu qu’on ait l’ivresse des salles sombres où, tous les dimanches après-midi, entre deux « caramels-eskimo-chocolats glacés », l’on « schmüssait » (flirtaient) dans l’obscurité, avec ces trop chastes délurées jeunes filles de bonne famille, françaises s’entend, qui venaient s’initier goulûment aux délices du french kiss alsacien…

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