Jean-Frédéric Poisson réagit au micro de Boulevard Voltaire à la lettre ouverte adressée par Marine Le Pen à Nicolas Dupont-Aignan en vue de constituer une liste commune aux élections européennes.

Le président du Parti chrétien-démocrate et cofondateur des Amoureux de la France se dit “prêt à discuter” de la constitution d’une liste commune quand le projet de programme européen de la droite sera terminé. Il estime, en revanche, que “la liste de rassemblement ne peut pas être une fausse liste du Front”.

Marine Le Pen a adressé une lettre ouverte à Nicolas Dupont-Aignan en lui proposant une liste commune aux Européennes.
En tant que Cofondateur des Amoureux de la France, comment accueillez-vous cette proposition de Marine Le Pen ?

Cette lettre est adressée au président de Debout La France et non aux fondateurs des Amoureux de La France. Je ne suis donc pas directement concerné par cette démarche.
Je ne peux toutefois pas m’opposer au rassemblement de toutes les personnes qui veulent changer d’Europe dans un sens plus respectueux de l’identité des peuples, des nations et de leur souveraineté. Cela fait partie de mes souhaits et je l’ai exprimé il y a déjà quelque temps.
Je pense que c’est la seule manière de faire bouger durablement les lignes de la droite française même si cela ne doit pas se résumer à l’objectif de l’union des droites.
En revanche, il me semble que le temps n’est pas de savoir qui constituera des listes avec qui. Les Amoureux de la France sont engagés dans une démarche de projet et de programme qui a pour vocation de définir le programme européen de la droite à l’occasion des prochaines élections. Ce projet n’est pas terminé. Nous avons toujours dit aux Amoureux de la France que nous étions prêts à discuter avec tout le monde. Mon souhait est d’abord de terminer ce projet et ensuite de discuter. Quand le moment sera venu de lancer la composition des listes, nous aborderons cette question. Pour l’instant, je pense qu’elle ne se pose pas.

Pensez-vous qu’il soit encore envisageable d’avoir une liste Front national et une liste patriotes aux Européennes, ou pensez-vous que les lignes bougeront?

Je ne sais pas si elles bougeront. Il est en revanche certain que tout le monde est conscient de la nécessité de se rassembler, mais aussi que tout le monde a tendance à dire que le rassemblement c’est « tout le monde derrière moi ». Ce n’est pas exactement la même manière d’aboutir.
Tout le monde est obsédé par le nombre de listes et qui les tiendront. On se pose la question avant même de savoir ce qu’il s’agit de défendre. Il s’agit par exemple de définir notre vision de l’Europe et la bonne manière de combattre la tyrannie de la Commission de Bruxelles. Il suffit de regarder comment elle s’est exprimée sur l’Italie, la Pologne et d’autres États membres de l’Union.
Commençons par savoir ce qu’on est prêt à défendre. Si nous commençons par faire des listes communes et que nous nous rendons compte plus tard que nous ne sommes pas d’accord sur grand-chose, alors cela ne servira à rien. Commençons par le commencement. Je regrette qu’il soit si difficile de mettre toutes ces personnes autour de la même table pour qu’elles se mettent à discuter du fond. Pardonnez-moi, mais tant que nous n’avons pas discuté du fond, nous parlons dans le vide.
Cela fait très longtemps que je souhaite faire cette réunion avec les chefs de parti pour parler du fond et du cadre de nos réflexions. J’observe que tout le monde est obsédé par qui va avec qui, mais personne ne parle du fond des choses. Il va bien falloir que nous traitions le sujet de l’Europe que nous voulons et de la manière de résister à ce système qui devient tyrannique et qui nous étouffe. Tant que nous n’aurons pas fait cela, la démarche sera encore entachée d’incertitudes et en tout cas d’un défaut de méthode à mon avis rédhibitoire.

J’ai bien compris que vous plaidiez d’abord pour la construction d’un projet avant la constitution de liste. Mais seriez-vous prêt à intégrer une liste dirigée par une cadre du Front national ?

Pour que cette mécanique réussisse, il faut que cela soit une liste de rassemblement et non une fausse liste du Front. Je serais prêt à intégrer une liste qui respectera deux conditions. La première est qu’elle défende le projet en lequel je crois. La seconde est qu’elle soit composée de personnes sincères, qui ne changent pas d’avis tous les quatre matins, et qui souhaitent se battre sur le plan européen, siègent à Bruxelles et à Strasbourg, déposent des amendements et travaillent en commission pour faire avancer les choses.
Il y a donc un certain nombre de conditions préalables encore très éloignées des débats actuels.

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