Se joignant timidement, par ce geste, à celle des urgences – déjà chronique mais tout aussi symbolique -, mille médecins hospitaliers viennent de décider une grève de leurs fonctions administratives.

Ce type d’action a plusieurs avantages. À commencer par la conservation de son salaire. Ensuite, cela permet de classer verticalement bon nombre de mails, et surtout d’ignorer les innombrables commissions, comités et réunions sur des sujets sans aucun intérêt, auxquels vous êtes habituellement prié de participer ; les thèmes qui auraient de l’importance ayant le plus souvent été omis ou sabotés préalablement par les maîtres de l’ordre du jour : la direction de l’hôpital.

On incrimine souvent la tarification à l’activité (T2A) pour expliquer les difficultés du secteur hospitalier, en oubliant que les cliniques privées – tout aussi encadrées sur le plan financier – assument des missions quasi identiques avec une rentabilité suffisante pour intéresser de grands investisseurs étrangers, qui les rachètent à tour de bras…

Déjà, à l’hôpital, les chefs de service n’ont sur les praticiens qu’une autorité dite « fonctionnelle », notion floue qui n’aide pas à la direction de personnalités fortes. D’autant qu’il y existe deux autres hiérarchies, infirmière et gestionnaire, et qu’aucune des trois n’a en principe autorité sur l’autre. Mais où c’est quand même la direction qui tient les cordons de la bourse. Ajoutez-y le pouvoir des syndicats et les ambitions de carrière personnelles, et on aboutit à un système où tout le monde commande, mais où presque personne n’obéit, et où chacun fait ce qu’il peut avec ce qu’il a. Alors que ce qui fait défaut à un étage est en surplus dans un autre…

Situation qu’illustrait bien une ancienne directrice de l’APHP (mais ex de Danone) déclarant, en 2006, dans Libération : « Conçoit-on une entreprise où les ingénieurs n’obéiraient qu’au directeur industriel, les vendeurs qu’au directeur commercial ? Ce serait l’échec assuré. »

D’où la sensation de ceux qui, comme moi, ont exercé le matin dans un monde, et l’après-midi dans l’autre : être assis à califourchon sur le mur de Berlin.
Mais Macron n’est pas Gorbatchev…

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