Mayotte sombre dans l’hyper-violence, l’autre échec de Gérald Darmanin

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Souvenez-vous de l’opération Wuambushu, au printemps dernier, à Mayotte : lancée le 24 avril à grand renfort médiatique, elle devait durer deux mois ; elle a, en réalité, été prolongée d’un mois. L’objectif était d’interpeller 10.000 sans-papiers, de lutter contre violence et délinquance et d’abattre au moins 1.000 logements insalubres, rappelait récemment le quotidien Ouest-France. Résultat ? Un échec, un de plus à mettre sur le compte du ministre de l’Intérieur.

Une urgence chasse l’autre

En effet, dès la fin du mois de juin, une partie des 510 policiers et gendarmes sont repartis en métropole pour se rendre sur le front des émeutes. Dans une France ultra-violente, outre-mer compris, une urgence chasse l’autre. La destruction des cases de fortune, bien moindre que promise, ne s’est pas accompagnée de solutions de relogement : elles ont donc été souvent reconstruites ailleurs.

Sur le front de l’immigration clandestine en provenance des Comores qui s’est développée de façon exponentielle, il faut rappeler que Mayotte est le 101e département français depuis 2011. Pour une population de 310.000 habitants qui a doublé en vingt ans, 50 % n’a pas la nationalité française mais un tiers est né à Mayotte.

Presque la totalité de ces étrangers viennent des Comores voisines et vivent dans la clandestinité. Lors du lancement de Wuambushu, Gérald Darmanin annonçait l’objectif de 300 expulsions par jour. « Les expulsions ont atteint un rythme de soixante-dix étrangers en situation irrégulière par jour, principalement renvoyés vers les Comores voisines », expliquait-il, deux mois plus tard, dans les colonnes du Monde. Et la plupart reviennent à Mayotte… Hasard ou coïncidence, Marine Le Pen a obtenu 59,1 % des voix mahoraises au second tour de l’élection présidentielle de 2022.

Des trafics de packs d’eau

À Mayotte, département français, l’accès à l’eau potable est devenu le luxe ultime. À tel point que depuis le 20 novembre, les autorités procèdent à la distribution d’un litre d’eau par jour à toute la population, contre deux litres par jour aux plus vulnérables auparavant. Le 5 décembre dernier, l’ARS et la préfecture ont énoncé une interdiction de l’usage de l’eau car les autorités y avaient relevé la présence de métaux lourds, un incident renforçant la criticité de la situation sanitaire.

Élisabeth Borne, en visite éclair à Mayotte le 8 décembre, s’est félicitée de la distribution de 300.000 litres d’eau par jour pour une population de 310.000 habitants. C’est sans compter les trafics de packs d’eau ainsi récupérés et revendus une fortune aux sans-papiers ou à ceux qui, dans les faits, n’y ont pas eu accès.

Interviewée sur la chaîne publique Mayotte la Première, Élisabeth Borne a proposé notamment « de refaire des opérations coup de poing sur ces questions de violences, mais aussi sur la question de l'habitat illégal et de la lutte contre l'immigration illégale »« Si je suis là, c'est pour dire aux Mahorais qu'ils sont une priorité pour mon gouvernement. […] On doit être plus efficace sur la lutte contre l'immigration illégale. » Est-il besoin de commenter ?

Un mineur tué par balle

En réalité, même si quelques maigres renforts de policiers et gendarmes sont revenus à Mayotte à la rentrée, la situation est très tendue, les forces de l’ordre fatiguées sont autant mobilisées pour du maintien de l’ordre que pour des opérations de sécurisation, tant la vie quotidienne des Mahorais se déroule sous le signe de l’extrême violence. Depuis plusieurs semaines, des émeutes éclatent dans le centre et l’est de l’île, « d’une violence extrême », rapporte Moudjibou Saidi, maire LR de Dembeni.

En attendant, le meurtre par balle d’un jeune de 17 ans, le 10 décembre, lors d’un affrontement entre bandes rivales, n’en finit plus de déclencher l’ire des élus locaux. Estelle Youssouffa, députée LIOT, s’alarme sur X : « Mayotte bascule », écrit-elle. Tandis que Mansour Kamardine, député LR de la deuxième circonscription de Mayotte avertit : « Les Mahorais n’en peuvent plus ! Des mesures drastiques pour rétablir la sécurité et éradiquer les bandes criminelles qui sévissent autour des bidonvilles sont à prendre avec un bras qui ne tremble pas ! »

Une allusion à peine masquée à la toute récente visite et aux promesses d’Élisabeth Borne. Il poursuit : « À Mayotte, nous nous rapprochons de la guerre civile ! L’État et les familles doivent se ressaisir pour endiguer cette spirale infernale. Un couvre-feu s’impose sur la zone Kaweni Majikavo. »

Une immigration galopante, un manque criant de services publics de base, un laxisme judiciaire et l’instauration de la loi des gangs et de la rue : le quotidien des Mahorais préfigure-t-il celui des métropolitains, abreuvés de rodomontades darmaniennes ?

Marie d'Armagnac
Marie d'Armagnac
Journaliste à BV, spécialiste de l'international, écrivain

Vos commentaires

33 commentaires

  1. Notre 1ère Ministre y était il y a quelques jours. Elle a du être bien gardée alors…Ce n’est malheureusement pas le cas pour toute la Population…Il me semble savoir que la République sa 1ère Responsabilité c’est la Sécurité ! Au vu des statistiques, il ne semble pas que ce soit bien remplis..et alors que la Police fait le maximum…

  2. Il existe 14 résolutions des Nations Unies sur « la question de l’île comorienne de Mayotte » entre le 21 octobre 1976 et le 28 novembre 1994, réaffirmant la souveraineté de la République fédérale islamique des Comores sur l’île de Mayotte et enjoignant a la France de rendre l’ile… Résolution dont elle se moque totalement… Elle occupe l’île d’une matière totalement illégale en contradiction avec le droit international, après un référendum organisé par Sarkozy (référendum qui ne concernait que les électeurs de Mayotte , on n’a pas demandé son avis au reste des électeurs français) qui en a fait unilatéralement le101è département Francais pour essayer de grappiller quelques voix aux élections présidentielles.

  3. La départementalisation de cette île musulmane est-elle constitutionnelle ? la France une et indivisible est-elle multipliable, et si oui, certainement par le « peuple souverain ». Or ce dernier n’a pas été consulté par Sarkosy, et les juridictions compétentes (?) avaient piscine ce jour là, certainement…

  4. L’échec c’est d’abord la départementalisation de ce territoire qui devait être indépendant avec l’ensemble de l’archipel.

  5. Les ingénieurs et docteurs comoriens arrivent en masse en France. Avec ces chances pour la France, nous sommes sauvés. Grand merci à notre saigneur et maître Macron.

  6. La macronie n’est pas laxiste elle est consentante et complice. Il existe un tel écart entre le baratin mensonger qu’ils débitent en France et la soumission qu’il nous font subir à Bruxelles! Il faudra que ces trahisons soient un jour sévèrement sanctionnées par la Haute Cour de Justice de la République.

  7. darmanin RPR puis UMP a participé à la réduction des forces de l’ordre sous Sarkozy, hier encore le bonimenteur s’en est pris au RN à l’assemblée nationale en disant « vous avez désarmé les policiers et gendarmes » mais comment a fait le RN, ils ne sont pas au pouvoir, Castaner n’était pas au RN que je sache, l’incompétence notoire de ce gouvernement fait peine à voir, et nous en supportons chaque jour les conséquences.
    Quand à Mayotte c’est sous le mandat Sarkozy que Mayotte est devenu le 101 département français en 2011, Sarko que beaucoup portent aux gémonies, nous a collé mayotte, a flingué la Libye avec les conséquences migratoires, et nous a endetté de 832 milliards d’euros, en effet c’est un champion.

  8. Laxisme judiciaire? Tiens, comme c’est bizarre! On doit être en France, alors…
    Pauvre Mayotte, abandonnée par la Métropole depuis 1981, par idéologie socialo-communiste, et soumise à la submersion migratoire par droit du sol, autre invention socialiste… Britannique, Mayotte serait devenue les Seychelles françaises… Française, elle est abandonnée par cette République qui refuse de s’y investir et de lui construire un avenir…

  9. La grosse ânerie (le mot est faible) à Mayotte, c’est Sarkozy qui l’a faite en en faisant un DÉPARTEMENT Français, cet individu, s’est permis des choses qui auraient du le conduire en prison, en particulier le non respect du référendum de 2005, c’est autrement plus grave que les affaires qui lui sont actuellement reprochées, mais il y aurait tellement de gens à juger en même temps que lui comme complices, que personne ne veut soulever le lièvre. Tous pourris!

  10. Ce serait si difficile de mettre deux corvettes garde-côtes à Mayotte pour arrêter les migrants en mer et les ramener sur leurs côtes en même temps que rapatrier les clandestins de l’ile. Ensuite, pourquoi déshabiller Jacques pour habiller Paul en faisant faire la navette aux forces de l’ordre pour cause de désordre en Métropole ? On manque vraiment de quelques dizaines de gendarmes, ici, pour mâter la racaille ? Simple question au « premier flic de France » et à la technocrate de Matignon.

  11. Une question sans doute stupide, combien coûte cette fourniture de 300 000 litres d’eau quotidienne ? D’où vient-elle ? quel en est le coût écologique donc, pour tous ceux qui passent leur temps à nous bassiner avec le « et ça c’est bon pour la planète » (Elle a 76 ans mais sévit toujours !) Mayotte : une priorité de Borne ? N’importe quoi ! Bla-bla-bla, du Macron.

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