« Depuis plus de trois heures dans la salle d’audience bunker où se sont déroulés les procès de la mafia. Je suis tranquille, et même fier d’avoir défendu mon pays. »

Par ces mots postés sur Facebook, et arborant un masque à l’effigie de Paolo Borsellino, le juge anti-mafia assassiné en 1992, commentait l’audience où il était convoqué, le 9 janvier dernier : il répondait des chefs d’accusation d’abus de pouvoir et de séquestration de personne pour avoir empêché le navire de l’ONG Open Arms, qui avait à son bord 147 clandestins recueillis au large des côtes libyennes, de débarquer, en août 2019, sur les côtes siciliennes. L’audience, fait notable, s’est tenue en plein centre de Palerme, dans la salle bunkérisée de la prison historique de l’Ucciardone qui a vu se dérouler de nombreux procès anti-mafia. C’est donc là que l’ancien ministre de l’Intérieur, dont le mot d’ordre était alors « restaurer la légalité », était convoqué.

Rappel des faits : on le sait, l’été 2019 a été très chaud sur le plan politique, en Italie. Au tout début du mois d’août, Salvini obtenait de ses alliés d’alors, le Mouvement 5 étoiles et le Premier ministre Giuseppe Conte (ancien et actuel dirigeant de deux gouvernements diamétralement opposés), le vote de la loi Sécurité et 2, dite loi Salvini, qui durcissait les conditions d’accès et d’accueil des immigrés clandestins en Italie et permettait d’infliger de fortes sanctions financières aux ONG qui bravaient cette interdiction d’accoster sur le territoire italien.

Au même moment, le navire de l’ONG espagnole Open Arms faisait route vers la Sicile, à la recherche d’un « port sûr ». Le capitaine espagnol du navire, apprend-on ces jours-ci, Marc Reig Creus était alors accusé par le procureur de Raguse de faits de violence privée, et de favoriser l’immigration clandestine. On apprend aussi que Madrid avait proposé par deux fois au navire battant pavillon espagnol de rejoindre l’Espagne : l’Italie avait même accepté qu’un navire italien accompagne l’Open Arms jusqu’à destination, pour assurer la sécurité des personnes se trouvant à bord.

Nouveau refus de la part du capitaine activiste qui engage, à ce moment, un bras de fer avec le ministre de l’Intérieur, confrontation qui n’a pas grand-chose à voir avec le bien-être et la sécurité des  : Salvini est, plus que jamais, l’homme à abattre. Rappelons, par ailleurs, que les mineurs et les femmes avaient été autorisés à débarquer sur le sol italien.

La défense de Salvini tient donc en partie sur cela, mais aussi sur le fait que Luigi Di Maio et Giuseppe Conte, avec lesquels il gouvernait et qui sont aujourd’hui encore au pouvoir, le soutenaient dans son action. Il faudrait alors qu’ils répondent des mêmes chefs d’accusation. Enfin, autre élément de sa défense pour refuser le débarquement : il attendait que d’autres pays européens s’engagent à accueillir des migrants dont l’Italie ne voulait plus se charger (depuis la vague migratoire de 2015, plusieurs dizaines de milliers de clandestins avaient débarqué sur les côtes italiennes et grecques, provoquant un chaos sanitaire, politique, social et économique indescriptible). On s’en souvient, l’Union européenne donnait alors abondamment des leçons de morale et jouait, en réalité, la stratégie du pourrissement pour mettre une pression maximale sur les épaules de Salvini.

Aujourd’hui, il risque en théorie quinze ans de prison pour ces faits. Outre que ce de procès relève, évidemment, de cette pratique bien italienne (bien française, aussi) de neutraliser un adversaire politique non pas à la loyale, c’est-à-dire par les urnes, mais par le biais judiciaire – on se souvient du harcèlement judiciaire contre Berlusconi par la « République des juges » -, cela montre que Salvini est toujours le principal adversaire de la gauche au pouvoir. Selon un récent sondage, la coalition de droite remporterait largement les élections si elles avaient lieu aujourd’hui.

En 2020, les lois Salvini ont été démantelées par la gauche au pouvoir et l’immigration clandestine a augmenté de 300 % en Italie.

11 janvier 2021

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