Marie Toussaint, tête de liste des Verts aux européennes : pourquoi elle ?

Marie Toussaint

Au QG des Verts, une conférence de presse a lieu, lundi 10 juillet au matin. Les résultats issus du vote des militants, interrogés sur plusieurs questions dont le choix de leurs représentants aux européennes de 2024, vont être donnés.

La scène est embarrassante. Presque triste. Pendant que Marine Tondelier débite quelques chiffres, à sa droite, une femme, jeune, les cheveux bouclés tombant juste sur de grandes lunettes, se tient gauchement devant les caméras. Ne sachant pas très bien que faire de ses mains, elle saisit son téléphone, pianote avec acharnement sur son écran. Enfin vient son tour. On lui cède le micro. La secrétaire nationale l’applaudit timidement, dans un silence assourdissant.

Ces applaudissements mériteraient pourtant d’être plus nourris, car cette jeune femme discrète vient d’être élue tête de liste des écologistes pour les élections européennes. Elle s’appelle Marie Toussaint.

Si cette élection acte le refus des Verts de se joindre à la liste commune proposée par la NUPES, elle ne dit pour l’instant pas grand-chose de la nouvelle tournure que EELV semble vouloir se donner, en annonçant notamment son nouveau nom (à partir d’octobre, le parti ne s’appellera plus Europe Écologie Les Verts mais Les Écologistes). Un choix qui, en fait, ne nous dit rien d’autre que nous ne savons déjà. Car Marie Toussaint, notre nouvelle étoile verte montante, incarne ce qu'il y a de plus commun dans le militantisme gauche écolo.

Quartiers populaires, à Lille puis à Bordeaux ; vie associative, suivant l’engagement des parents dans l’association ATD Quart-Monde ; Sciences Po Paris, intégrée grâce aux conventions ZEP : elle coche toutes les cases. Militante verte comme toute sa génération, elle lutte contre la pauvreté, comme tout le monde, soutient l’Europe, pas comme ces arriérés partisans du repli sur soi. Des convictions confortables. Elle intègre ainsi tout naturellement Europe Écologie Les Verts à 18 ans. En master de droit international de l’environnement, elle produit un mémoire sur la reconnaissance de l’écocide. Vaguement juriste, elle axe donc son militantisme sur la dimension normative de l’écologie, s’érigeant comme avocat de la planète. C’est ainsi qu’elle parvient en 2021, avec son association « Notre affaire à tous », épaulée de Greenpeace France, Oxfam France et de la Fondation pour la nature et pour l’homme, à faire condamner l’État pour inaction climatique. Cette « Affaire du siècle » fait parler en son temps, pour le succès de la pétition lancée en 2015 à l’appui de cette campagne judiciaire. Et, en 2019, elle décroche la timbale avec son élection comme députée au Parlement européen.

À côté des vieux briscards du parti comme David Cormand, numéro deux sur la liste pour 2024, ou Yannick Jadot, tête de liste en 2019, Marie Toussaint fait figure de novice. Pourtant, depuis janvier 2022, elle est tout de même vice-présidente du groupe des Verts-Alliance libre européenne au Parlement de Strasbourg. Elle a peu de notoriété, n’est pas une habituée des médias. Ceux-ci ont d'ailleurs presque tous titré, au moment de son élection face à Cormand comme tête de liste : « Qui est Marie Toussaint ? » Et l'on pourrait ajouter : pourquoi elle ?

Son travail, son approche de juriste, qu’elle a mis en œuvre depuis 2019 au Parlement européen, témoignent de son ambition de placer l’écologie comme norme juridique suprême. S’exprimant peu sur d’autres sujets que les siens (la reconnaissance de l’écocide, la défense du vivant, la justice climatique) sinon pour débiter les éléments de langage bien connus, notamment le devoir de lutter à tout prix contre « les forces de la haine »), elle incarne sans nul doute l’expression d’une volonté de banalisation du combat écologiste. Son engagement, comme elle le raconte d’ailleurs, n’a pas été le fait d’une adhésion réfléchie à une cause. Non, elle est née dedans. Marie Toussaint incarne la normalité, dans tous les sens du terme. L’écologie dépose avec elle le masque à gaz et les pavés pour les remplacer par de grandes lunettes d’intello.

Jean de Lacoste
Jean de Lacoste
Journaliste stagiaire à BV, étudiant en master d'histoire du droit.

Vos commentaires

21 commentaires

  1. Greenpeace, Oxfam…dont on dit que ce sont des organisations financées par une fondation allemande qui prône la sortie du nucléaire! Quelle indépendance.

  2. C’est le genre de personne dont l’engagement est pavé de bonnes intentions pour les uns mais qui pourrait se réveler un enfer pour les autres. Lutter contre la pauvreté et pour le climat ; très bien ! Mais si tout cela est bien vague par contre la réalisation risque d’être douloureuse parce qu’il faut bien traduire ce que cela suppose’.en réalite Sa lutte contre la pauvreté, elle l’entend par plus de taxes sur l’ensemble de la population contributrice pour financer un assistanat social lié à une immigration endémique que d’autre elle appelle de ses voeux si bien que dans ses conditions la pauvreté ne risque pas de se tarir. Et le climat sera du même acabit on va faire peser sur le budget des plus moyens des français des obligations coûteuses qui pourraient a la finale les faire basculer dans une situation de travailleurs pauvres qui pourrait créer pour ses gens une véritable condition d’esclave.de la société Et donc la lutte contre la pauvreté des uns pourrait sonner le début de la misère des autres.N’est fe pas ce qui se réalise dejà? C’est sûr que dans le cas du SDF , il n’y aura plus le choix de la voiture thermique ou électriqie. La question sera rêglée!

  3. Non , non non et non à la dictature des écolos , le monde crève de leur faute , les libertés disparaissent de leur faute , rien que de les voir ou les entendre , on est tellement pollué ,stupéfait qu’on en perd le moral

  4. C’est le genre à pondre encore de nouvelles normes, toujours plus contraignantes, toujours plus punitives, qui s’imposent à tous et à toutes, quelque soit les moyens, riches ou pauvres, qui ne pourront bientôt plus (c’est déjà le cas) construire, acheter une voiture et partir en vacance…

  5. « C’est ainsi qu’elle parvient en 2021, avec son association « Notre affaire à tous », épaulée de Greenpeace France, Oxfam France et de la Fondation pour la nature et pour l’homme, à faire condamner l’État pour inaction climatique.  » Rappelons pour mémoire que Greenpeace est la torpille la plus efficace de Washington, utilisée sans vergogne pour faire triompher le Bien (américain). Premières armes en 1973 : A la suite de nombreuses manifestations aussi écolo que spontanées, interdire les survols supersoniques du territoire américain par tous les avions civils, c-à-d le Concorde seul. A la grande satisfaction de Boeing.

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