Culture - Discours - Editoriaux - Société - Table - 20 janvier 2018

« Marie moderne » face à « Marie ancienne » : être une femme libérée c’est pas facile !

L’heure est au rangement de nos crèches, ces havres de paix par excellence, qui n’auront pas été épargnées : tantôt interdites, brûlées, cassées. Devenues presque le symbole d’un monde ancien. Cela, le badaud place Saint Pierre l’a bien compris la nuit de Noël où il pensait trouver un peu de calme et de sérénité. Témoin d’une tragédie : à la maternité incarnée se dresse la Marie des temps modernes ; femme à demi nue, brandissant dans sa furie, comme un trophée, la statuette de ce nouveau-né.

La « Marie moderne » – promue par la leader des Femen – face à la « Marie ancienne ». À l’agressivité la réponse de la douceur, aux cris la réponse du silence, à la brusquerie la réponse de la patience, au spectacle du corps la réponse de la pudeur. Au progrès changeant la réponse de ce qui est immuable. Dans ce tableau, nous avons tout le drame de la modernité : la volonté d’émanciper de manière maximale la femme nous en a fait oublier ce qu’elle est vraiment, tant pour elle que pour les hommes. Notre contexte culturel pousse la femme à se prétendre l’égale de l’homme ; certes, elle l’est par sa nature commune mais non dans son individualité propre de femme. Individualité faite de différences organisées, complémentaires à l’homme, jugées inégales mais qui en réalité constituent la richesse et la prospérité du genre humain. La femme devient ce “calque du masculin, dans ce qu’il a de plus brutal, de plus vénal, de plus vulgaire”, comme l’évoquait l’an passé Denis Tillinac.

Elle obtient d’être reconnue comme tel, mais en perdant son identité et son mystère. Mystère par sa maternité, mystère de veiller à la vie.

Depuis les années 90, un féminisme indifférencialiste a abouti à une désincarnation de la personne : mener à l’égalité des individus par la disparition des identités. Pour la femme, ce sont les lois de ces cinq dernières décennies, en faveur de la fameuse « liberté sexuelle », qui n’ont fait qu’accentuer son détachement vis-à-vis de ce qu’elle est réellement et qui passe, notamment, par la négation de sa maternité. La naissance vécue sur le mode du don s’est transformée en projet programmable quand bon nous semble : ce qui était de l’ordre de la nature, devient une maîtrise du moment. Notre monde contemporain a banalisé et dévalorisé l’union d’un homme et d’une femme en vue de la génération, tout comme leur rôle respectif. On ne connaît plus autrui et, de fait, nous devenons incapables de donner ou de recevoir, incapables d’aimer. Il y a un mépris de l’autre et de soi-même en enlevant tout respect du corps le livrant comme objet parmi les objets sous couvert de libération, d’épanouissement, de réalisation de soi.

Quel regard portons-nous sur la femme, pilier central de la société ?

Notre monde, en choisissant l’obéissance servile aux moindres désirs, a jeté un voile sur l’exigence. Combien est-il plus facile de concéder à la libre fantaisie de ses instincts plutôt que de répondre aux exigences auxquelles nous sommes liés, quitte à briser les entraves qui viendraient nous empêcher de satisfaire nos jouissances. Désormais, à la fidélité, au dévouement, au sacrifice, à la maternité de la « Marie ancienne » se dresse la « Marie moderne » pour qui est devenu un droit, voire un devoir, de renverser toute entrave. Le discours ambiant devient : “Brise, si tes amitiés sont une charge, brise ton foyer le jour où tu n’as plus toutes tes aises. Renonce à la maternité si tu la trouve trop onéreuse”, écrivait Paula Hoesl.

Nos féministes, ferventes dans leur credo de l’émancipation, ont engendré des femmes sans repères, sans identité, qui ne savent plus répondre à leur vocation de fille, d’épouse, de mère. Paradoxe si terrible que de vouloir libérer les femmes en les rendant esclaves des désirs, des caprices, des modes. Après tout, peut-être que Sacha Guitry avait trouvé la solution : “Une femme, une vraie femme, c’est une femme avant tout qui n’est pas féministe.”

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