La sanitaire et économique que nous traversons a conduit bien des familles à parler politique à table devant les enfants, et parfois avec eux. Et tant mieux. Mais quand le petit dernier lance tout d’un coup, à la ronde, « maman, est-ce qu’on est des lepénistes » ? et ajoute, dans la foulée, « alors je peux dire à l’école qu’on est des lepénistes ? », tout le monde se tait, et un ange passe. Comment lui expliquer ?

Un bon tiers de la population doit mentir sur ses opinions politiques

Oui, comment expliquer à un enfant qui a déjà commencé à étudier en long en large et en travers l’Histoire, l’Histoire du monde, l’, le siècle des Lumières, la Révolution française, Diderot, Rousseau, Voltaire, les idéaux de de pensée et d’opinion, que tout cela, ce ne sont que des mots ? Comment lui expliquer que, dans un pays qui se revendique phare de l’humanité, modèle de la , un bon tiers de la population doit mentir tous les jours à ses collègues de travail, à ses amis, à sa famille, parfois même, donc, à ses enfants, pour éviter des drames ?

Oui, aujourd’hui, en France, et c’est en réalité vrai depuis au moins quarante ans, un chauffeur de bus ne peut pas dire à ses collègues de travail qu’il vote Le Pen (père, puis fille) depuis toujours, ni même seulement qu’il a voté Marine à la dernière présidentielle. Un boucher ou un conseiller bancaire, pas plus. Une maîtresse d’école, n’en parlons même pas. Un expert-comptable, un avocat, un concessionnaire automobile, un médecin et, bien sûr… un journaliste. La liste est longue, pour ne pas dire infinie.

Honneur à tous ceux qui ont eu le courage, l’audace, malgré leurs métiers qui les exposaient à des représailles terribles, et pas seulement économiques, d’accepter d’être candidats un jour pour un parti (et un courant politique) honni.

Un Français sur deux serait prêt à voter Le Pen au second tour de la présidentielle

Et alors que je réfléchissais à ce que j’allais vous écrire, après cette question, réelle, d’un petit dernier d’une famille amie, à qui il a effectivement fallu expliquer, avec l’aide de ses aînés, que non, même (ou surtout ?) dans un établissement privé catholique, on ne pouvait pas dire à ses professeurs ou à ses camarades de classe « mes parents, ils sont lepénistes, et toi ? » tombe soudain le sondage IFOP-Fiducial Sud Radio CNEWS sur le second tour de la présidentielle.

Et de découvrir qu’un Français sur deux (faisons simple) a déclaré être prêt à voter Le Pen (Marine) au second tour de la présidentielle, dans dix-huit mois.

La démocratie française en soins palliatifs

Cela signifie donc qu’un Français sur deux, croisé dans la rue, un Français sur deux, au travail, et… peut-être même qu’un professeur sur deux (soyons fous !) de ce petit dernier encore naïf sur les idéaux de liberté et de démocratie est susceptible de voter Le Pen demain. Quand on voit ça, on se demande encore pourquoi il faut encore répondre « non, surtout pas ! » au petit dernier qui s’apprête à fanfaronner à l’école que ses parents sont « des lepénistes ». Comme s’ils avaient, en fait, la gale.

On ne peut s’empêcher de penser à ce qui s’est passé aux États-Unis, ces derniers mois et, en réalité, pendant quatre ans. Pour se raviser aussitôt : là-bas, les trumpistes collent des stickers à la gloire de leur candidat sur leur voiture, vont travailler ou faire leurs courses casquette vissée sur la tête, T-shirt de leur héros en Rambo sur leur bide de gros beaufs américains, comme nous l’ont seriné à longueur de journée les envoyés spéciaux des français aux États-Unis.

Et de se dire que, finalement, si la démocratie américaine est en danger, à cause du terrorisme intellectuel et du harcèlement dont les démocrates et les médias se rendent coupables au quotidien depuis des années, en France, elle est déjà depuis bien longtemps en soins intensifs. Si ce n’est pas en soins palliatifs.

29 janvier 2021

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