Editoriaux - Politique - 11 mai 2017

Mairie de Paris : fournisseur officiel de brouillard épais

Pendant que tout le monde s’écharpe sur les tenants et aboutissant de cette présidentielle de malheur, contre vents et marées, Anne Hidalgo reste sur le pont de la pensée universelle et définit le sens de sa mission via un tweet, du genre de ceux qu’on fait encadrer pour décorer une salle d’attente : “Mon projet de #Paris, capitale de la participation citoyenne inclusive & attractive repose sur la notion d’#interculturalité#ConseilDeParis.”

Hé, hé ! Macron peut bien macroner et Marine mariner, Anne Hidalgo s’en fout, elle entre dans sa période « art contemporain ». Elle compose, tapote les touches de son smartphone sur du Boulez… Le Picasso du tweet est né. Une Salvador Dalí de la politique émerge au-dessus de la mêlée et laisse la pensée figurative à ces mesquins qui osent encore s’exprimer clairement. Un débat avec Anne Hidalgo et c’est la France tout entière qui exige un décodeur. Macron laminé, anéanti. Se reconvertit dans la vente de photocopieuse.

« L’interculturamachin quoi ? On n’a pas compris. »

HIDALGO : “C’est quand même pas compliqué : l’inclusivité de l’attractivisme de la capitale parisiannistique repose sur la notion d’interculturalalalalité induite par le projet de l’Hidalgonnesque pensée que j’ai là à moi. »

« Ecoutez, à tout hasard, on va voter pour vous, parce que là, on un peu mal à la tête… »

Un tweet d’Anne Hidalgo de cette beauté peut s’offrir. Pour un anniversaire ou au pied du sapin, ça fait toujours plaisir. Quoiqu’on hésite un peu avec ceux de Taubira. Certains les préfèrent pour les départs en retraite.

« Tiens mon vieux, on s’est cotisé pour t’acheter un tweet original de Taubira. Ca va t’occuper. » 

Mais cause toujours, les bobos parisiens ont reçu le message 5 sur 5. Ne comprennent pas davantage, mais là est l’astuce. Dans le brouillard d’un langage abscons, chacun se retrouve coupé du réel, dans le confort du flou, loin de la nécessité du moindre examen rationnel. Épaissir le brouillard pour s’engluer dans une abstraction indéchiffrable est la pulsion instinctive de cette gauche qui, justement, n’a rien « de gauche » : tout s’explique, les mots ne définissent rien de précis. Ils ne sont là que pour faire joli. Se donner des airs pendant qu’on noie le poisson.

Dans ce registre, Bertrand Delanoë avait déjà bien débroussaillé. Avec ses Jeux olympiques homos ouverts aux hétéros, nous étions déjà dans le concept. Anne Hidalgo remet le couvert en 2018. « Gay Games » mais ouverts à tous… Comme un restaurant végétarien qui proposerait des côtes de bœuf… Tout est dans l’intention. L’appellation. Et peu importe le contenu. Là-dedans, ils vous mettent des homos, des hétéros, des nains culs-de-jatte… L’important est le titre qui vient rappeler qu’être gay est beau, grand, bien, mieux, magnifique et, surtout, faut pas déconner : hyper-moderne.

Les Parisiens sont demandeurs d’une épreuve de natation dans un océan de confusion. Ne pas la leur donner serait cruel.

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