Avez-vous lu la dernière tribune de Christine Ockrent dans Libé ? Courez-y, les occasions de se distraire se faisant plus que rares, c’est la franche rigolade assurée. Pour ma part, j’ai cru que c’était un article du Gorafi.

Ce n’est rien moins qu’une lettre adressée à Jill Biden, la femme de Joe, dont le ton flagorneur et le style vipérin donnent à voir un concentré chimiquement pur de l’entre-soi médiatique qui règne en France depuis les années Mitterrand. Un morceau d’anthologie, une étude de cas de ce qu’est la « neutralité médiatique à la française », une autre de nos spécialités. « Chère Jill », commence-t-elle, avec cette fausse familiarité révélatrice de l’arrivisme et de l’arrogance de celle qui ne veut tutoyer que les puissants. Loin, bien loin des « déplorables ».

La première à en prendre pour son grade, c’est la pauvre Melania, qui n’en demandait pas tant. « Il est vrai que vous n’avez rien à voir avec cette somptueuse créature, façonnée pour papier glacé, sortie de la grisaille d’une petite ville slovène pour conquérir la fortune en travaillant ses courbes », écrit-elle à « Jill ». Celle qui se voulait l’icône féminine, et féministe, du journalisme des années 80, celle dont on célébrait la causticité dans les débats, celle qui fut la biographe et zélatrice de Françoise Giroud et de Hillary Clinton tombe le masque en vieillissant (mal) : la soif du pouvoir, l’envie dévorante « d’en être », sa fascination des puissants et des riches lui fait, ici, adopter un ton machiste et grossier que n’aurait pas désavoué… un électeur texan de , selon les stéréotypes en vogue, ces jours-ci, dans les médias.

Et la reine Christine de se prosterner aux pieds de « Jill » : « Votre beauté à vous est d’un autre ordre, celle d’une femme de 69 ans qui entretient son énergie en courant 6 kilomètres par jour et en se préoccupant des autres, son Joe d’abord, sa famille, ses élèves puisque vous n’avez jamais cessé d’enseigner, même lorsque votre mari était vice-président. Notre Brigitte, elle, s’est arrêtée depuis longtemps. » Une tribune horizontale, dans tous les sens du terme.

Celle qui fut la directrice adjointe de France TV Monde (France 24, RFI, TV5 Monde) pendant que son french doctor de mari était ministre des Affaires étrangères et européennes de Nicolas Sarkozy – n’y voyez aucun conflit d’intérêts – souhaite à « Jill » un rôle actif auprès de « Joe et Kamala », en s’occupant par exemple des « problèmes de santé mentale, dont on a deviné les ravages jusque dans le Bureau ovale ».

Arrogance et mépris de classe qui obscurcissent le jugement : celle qui avait prédit, en 2016, la victoire de Hillary Clinton a récemment affirmé que « l’électeur moyen trumpiste est sous-éduqué et fréquente assez peu les universités ». L’upper classe mondiale est son élément naturel, loin de toute réalité d’un peuple enraciné. En effet, le réveil des nations et des peuples que l’on a pu observer un peu partout dans le monde, et la présidence Trump – mais aussi celle d’Orbán ou de Johnson – en est une expression singulière, est l’angle mort de son analyse. Cela n’existe tout simplement pas.

La semaine dernière, elle fustigeait, à propos de Trump, « son talent et cette faculté de se créer finalement un univers parallèle où la réalité est de plus en plus distante pour lui ».

On ne saurait mieux décrire l’analyse des élections américaines par la journaliste Christine Ockrent.

14 novembre 2020

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