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Une sacrée découverte : la de Villiers a un tropisme droitier. Et ce tropisme - choquant, forcément choquant – incontestable et pas vraiment occulté n’empêche pas le succès de leurs spectacles, qui ne se dément pas et fait enrager depuis des années.

Pour autant, le succès leur donne-t-il le droit de déformer l’Histoire pour la faire entrer dans leur vision orientée de la France ? Dans l’ouvrage vite devenu fameux Le Puy du faux, évoquant un tableau où les Gaulois chrétiens sont opposés aux envahisseurs romains païens, Florian Besson, docteur en Histoire médiévale, dénonce « un message totalement nationaliste, anachronique, qui est mis au service de ce fantasme de “la France chrétienne éternelle” ». « Je ne pense pas que cela rentre tel quel dans la tête des gens », concède-t-il auprès du JDD, le 26 mars dernier, critiquant toutefois l’absence, dans le programme du parc, de « l’histoire sociale ou culturelle », des femmes et des minorités. Jeanne d’Arc, au secours ! Mais est-elle une femme ? On en douterait, à lire ces lignes : « Le parc ne se réfère qu’à des figures comme Louis XIV, La Fontaine, Jeanne d’Arc, Clovis, Clemenceau. ​Les minorités (femmes, homosexuels…) sont invisibles et les classes populaires n’apparaissent que sous forme d’un monde paysan immuable, garant des traditions. ».

Mais, dira-t-on, romans, spectacles, films sont remplis de minorités diverses ; sauf, évidemment, la minorité de ceux qui croient encore, envers et contre tout, à la « France chrétienne éternelle », pur fantasme selon notre historien. Alors, pourquoi écrire un livre ? Parce que le moribond pourrait être ranimé grâce au Puy du Fou ? Voici la déclaration d’un des auteurs, Guillaume Lancereau : « Il y avait la volonté de ne pas critiquer sans rien proposer. On trouvait ça assez divertissant de se dire ce qu'on ferait si on avait les moyens du Puy du Fou. Moi, ça m'intéressait surtout de sortir du carcan nationaliste, en proposant un spectacle qui contiendrait les circulations transculturelles et géographiques au tout début de la modernité. C'était sur le premier Russe converti à l' qui est parti en Perse, en Inde. C'est une manière, aussi, de montrer que les identités culturelles et religieuses pouvaient être beaucoup moins fixes que l'on se l'imagine et que la version proposée par le Puy du Fou. » Ben voyons ! Au lieu d’un chrétien, on nous propose un converti à l’islam : comme c’est bizarre !

Au fond, les erreurs et « falsifications » recensées importent peu, reconnaît une des autrices du Puy du faux : « Qu’il y ait des erreurs n’est cependant pas gênant en soi », affirme l’historienne Pauline Ducret (dans La Vie), qui indique vouloir éviter toute posture moralisatrice. Le problème résiderait plutôt dans la « propagande politique » diffusée par les spectacles. « Nous montrons dans notre livre combien ces erreurs sont choisies, construites au service d’un discours politique, d’ailleurs assumé par son créateur, Philippe de Villiers. » Plus précisément, dans Le Télégramme, elle met les points sur les i : « On y voit une France immuable, cohérente d’une période à l’autre. Le roman national tel que raconté sur les plateaux de télévision par Éric Zemmour, par exemple. » Donc, si les erreurs allaient dans le bon sens, n’auraient-elles aucune importance ?

L’autre autrice, Mathilde Larrère (dans Télérama), enfonce le clou : « un discours anti-universaliste, antirépublicain, anti-égalitaire, xénophobe, qui masque les dominations de classe et de genre ».

Conclusion : nos quatre auteurs offrent du travail à des centaines de thésards en mal de sujets porteurs – comme le montre l’accueil réservé par les à cet ouvrage. C’est qu’en France, l’Histoire est devenue « à charge », sauf quand il s’agit des crimes révolutionnaires qui, eux, restent cachés sous le tapis : le général Turreau, si peu connu alors qu’il a dirigé les « colonnes infernales », est toujours inscrit sur l’Arc de Triomphe. Pas de populicide, pas de demande de pardon, et l’historien Reynald Secher n’est pas Benjamin Stora !

Au travail : il faut explorer livres et pourquoi pas tableaux et, aujourd’hui, films et séries pour traquer le mal français, européen aussi. Je suggère, à la louche, la Chanson de Roland, Lancelot du Lac, Les Châtiments, Notre-Dame de , Les Trois Mousquetaires, Cyrano de Bergerac, Richard III… et, pourquoi pas, l'Iliade et l’Odyssée, sans oublier Kaamelott, etc.

Bon courage !

8 mai 2022

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