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On l’appelle aussi un baroud d’honneur, ou bien le chant du cygne. La garde meurt mais ne se rend pas. S’il n’en reste qu’un, je serai celui-là. Tout est perdu fors l’honneur. La foisonne d’expressions pour décrire ce « dernier carré », et ce n’est guère étonnant, au pays du panache, « l’esprit de la bravoure », comme disait Edmond Rostand. Ces « combattants de l’honneur et soldats perdus » auxquels rendent vingt-cinq récits historiques rassemblés par Jean-Christophe Buisson et Jean Sévillia ne sont pourtant pas tous français, loin s’en faut. Leurs causes, sublimées par leur sacrifice, sont aussi très diverses. Certaines nous parlent, d'autres beaucoup moins. Dois-je préciser que celle des Cristeros m'est plus proche que celle des communards ? Qu'importe. Il n’est pas nécessaire d’y adhérer pour s’incliner devant ce qu’ils partagent : un concentré d'honneur et de sacrifice. Et c'est ce commun dans l'éclectisme voire l'opposition qui fait le charme singulier de cette lecture.

Selon la formule bien connue du chef gaulois Brennus, « Vae victis ! » (« Malheur aux vaincus »). Ils sont les grands oubliés puisque ce ne sont pas eux qui ont écrit les livres d’Histoire. Leur épopée a souvent été minorée ou déformée. Cet ouvrage collectif leur rend aujourd’hui justice. Et qui, mieux que les plumes prestigieuses de Sébastien Lapaque, Mathieu Bock-Côté, Thierry Lentz, Christophe Dickès ou encore Jean-Pax Méfret - la liste n'est pas exhaustive - pouvait le faire ? Ne forment-ils pas, eux aussi, à leur façon, un « dernier carré », sans doute pas dans la poudre et le sang mais dans l'univers feutré des universités, des rédactions et des maisons d'édition ?

Au cœur de tout cela, on devine un mystère, presque sacré, plus fort que l’instinct de survie, un mystère qui pourrait être la frontière infranchissable entre l’homme et la bête.

Ce n'est pas sur les épisodes mis en lumière par un film, une chanson, une légende populaire que s'arrête ce livre. Si les cadets de Saumur, Điện Biên Phủ ou Camerone sont passés à la postérité, qui connaît Trébizonde ou le combat perdu de Stand Watie, Cherokee sudiste ?

« Si on doit un jour ne plus comprendre comment un homme a pu donner sa vie pour quelque chose qui le dépasse, ce sera fini de tout un monde, peut-être de toute une civilisation », prophétisait Hélie de Saint Marc. En ces temps où la comptabilité a pris le pas sur la spiritualité, l’utilité marginale sur la force morale, on peut se demander si cet héroïsme ne rime pas avec masochisme. C'est encore plus beau quand c'est inutile, disait Cyrano de Bergerac. Mais le beau est en soi utile. Par son exemple : Le Dernier Carré s'ouvre en 480 avant Jésus-Christ sur le combat - la défaite - des Thermopyles et se termine en 2014 par la bataille de Kobané : une victoire, la seule de ce livre, contre les islamistes. En épilogue de cet ultime récit, on apprend que, pour la célébrer, les Kurdes ont érigé sur la grande place en reconstruction une statue monumentale de... Léonidas. Son sacrifice aux Thermopyles avec ses 300 meilleurs soldats pour sauver sa patrie les a, disent-ils, inspirés. À méditer.

 

27 novembre 2021

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