Dimanche soir, France 2 diffusait un reportage surprenant qui fait beaucoup parler. On y voit un jeune Arabe bien barbu assis sur une chaise, sous la bonne garde d’un jeune Français des forces kurdes, répondre laconiquement aux questions pas toujours très pertinentes du journaliste.

Son gardien, Adrien, lui a retiré ses menottes et son bandeau mais il écoute son prisonnier s’exprimer pour terminer l’entretien par un jugement sans appel : ces combattants sont tous des menteurs et des hypocrites. Il en sait quelque chose puisqu’il est chargé, depuis son arrivée en Syrie, de rechercher, d’arrêter et de surveiller les combattants étrangers de l’État islamique. À Raqqa, il y aurait eu 700 Français qui auraient été embrigadés par le califat. La plupart ont fui leur capitale lorsque les forces kurdes ont pu y pénétrer après de violents combats.

Mais notre prisonnier, que France 2 prénomme Youssef, n’était évidemment pas l’un de ces soldats du califat ayant martyrisé le peuple syrien, décapitant à tour de bras, jouant au football avec leur tête, apprenant aux enfants à tuer les mécréants et tous ceux qui ne suivent pas la charia. Non, bien entendu, Youssef est un innocent, comme tous ces Français de papiers qui sont allés rejoindre les barbares de l’État islamique. Pourtant, on le voit en photo posant avec de vraies armes, montrant fièrement une blessure au genou, pointant l’index vers le ciel comme tout bon soldat du califat. Bref, c’est l’interview d’un ange paisible et innocent.

“La France a peur. On ne voit pas que c’est une France qui maîtrise.” Et d’affirmer : “Ce que tout le monde sait, c’est qu’il y a beaucoup de cellules dormantes là-bas, et je le sais par des personnes haut placées qui sont venues à la maison boire un café, et ça discutait…”

Il nous explique, sourire aux lèvres, et regard bien maîtrisé, que s’il est allé en Syrie, “c’est pour aller rejoindre son petit frère Karim” qui, le commentaire nous le rappelle, s’est fait exploser à un poste frontière. Après sa mort, il avait alors non seulement décidé de rester en Syrie, où la paie était bonne (mais quelle paie, et pour quels services ? Le journaliste oublie de poser la bonne question), mais il a aussitôt fait venir une lointaine cousine qu’il épousera très vite. Union islamique qui verra naître, l’été dernier, un petit garçon dont on sait que le califat était friand pour en faire de jeunes combattants.

La caméra nous montre cette jeune épouse, retenue dans un camp de rétention. Sans rire, elle nous raconte qu’elle est venue en Syrie sans savoir ce qu’était l’État islamique. Elle a accepté l’invitation de son cousin parce qu’à Lunel, elle avait des problèmes familiaux et qu’on lui offrait chaque mois de l’argent (là encore, pas de curiosité journalistique sur la raison de ce salaire !). “Ça m’a paru facile… Je rêvais d’une vie meilleure…”

Pour ce rêve, elle aura été servie. Et la France aura sans nul doute l’extrême bonté de l’accueillir à nouveau en son sein, comme son Président vient de le faire pour quarante d’entre elles, ces femmes parties à l’ennemi souvent avec leurs enfants. Elles ont toutes, pourtant, et quel qu’en ait été le motif, abandonné leur pays et leur passeport pour rejoindre la barbarie.

Mais le mot de la fin reviendra à notre jeune soldat français qui a rejoint les forces kurdes il y a un an. Lorsque Youssef soutient au journaliste qu’il va rentrer chez lui “car on [le lui] a promis”, Adrien, dont le visage est cagoulé, l’interrompt : “Tu crois que nous, on va oublier tous les gens qui sont morts, tous nos camarades tombés à cause des gens comme toi ?”

À cet instant, le visage de Youssef s’assombrit. L’entretien est terminé.

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