Il paraît qu’aucun parti, grand ou petit, n’échappe, à cause des ambitions et des détestations, à un climat qui ressemble moins à une démocratie apaisée qu’à une guerre civile larvée. Mais il me semble que, depuis quelque temps, dépasse les bornes et donne une triste image de la droite conservatrice. J’use de cet adjectif parce que je suis lassé d’entendre répéter « républicain » comme s’il s’agissait d’une formule magique et que je me réjouis de faire référence à ce qui est tout de même la caractéristique essentielle d’une droite qui n’aurait pas décidé d’épouser les thèses de l’adversaire.

Considérer la vie de LR depuis quelques semaines est fascinant et déprimant à la fois. On dirait que la certitude absurde de n’être plus rien et de n’avoir aucune chance en a libéré des énergies, multiplié des appétences, favorisé des candidatures explicites ou implicites, comme si la défaite présumée au bout autorisait, avant, tous les narcissismes politiques à se manifester. Puisque fatalement on va perdre, tout est permis, y compris l’inconcevable.

Le paradoxe est que cette débauche a surgi après l’abandon du candidat « officiel » couvé, dorloté trop longtemps par le président Christian Jacob, de sorte que, pendant plus d’un an, cette prétendue candidature naturelle – pour qui ? – a gelé toute opposition forte au pouvoir d’. On n’était pas loin, après son désistement, de faire attendre encore au cas où on parviendrait à le faire changer d’avis. Un dirigeant LR, d’ailleurs, gardant l’anonymat (il a honte ?), continue à espérer : « Il faut que Baroin laisse une porte ouverte… »

L’effacement de François Baroin a paru avoir d’abord des conséquences heureuses puisque, grâce à lui, le système de la primaire est revenu dans le jeu, certains commençant à comprendre et à admettre qu’il n’avait été pour rien dans la défaite de François Fillon mais qu’au contraire, son succès avait été tel, si éclatant, qu’il convenait d’abattre son vainqueur, d’abord sur le plan judiciaire.

Mais, très vite, des réticences que j’ose qualifier de perverses ont surgi. Elles ont conduit à reporter la discussion sur ses modalités au mois d’avril 2021, ce qui est une manière de faire partir le candidat LR, quel qu’il soit, avec un handicap. Par ailleurs, le président Jacob douterait que le parti ait les moyens de s’offrir une primaire. Les quelques-uns persuadés de la valeur de la primaire et cherchant à la promouvoir rapidement sont bizarrement en minorité alors que, sans offenser personne, ils représentent le haut du panier : Gérard Larcher, , François-Xavier Bellamy et Éric Woerth, et qu’ils sont d’autant plus attaqués, notamment par Aurélien Pradié, le secrétaire général, que leur position est de bon sens et d’efficacité.

Mais Les RépublicainsR veulent-ils réellement se persuader que rien n’est joué, que le Président n’est pas irrésistible et qu’une droite fière de l’être a ses chances ?

Il est permis d’en douter si on analyse ces atermoiements, ces disputes, ces hypocrisies, tels un nœud de vipères, comme la volonté de ne pas laisser Bruno Retailleau l’emporter à la loyale dans le cadre d’une primaire largement ouverte ou non. Des sondages officieux, organisés par le sénateur Charon, ont placé Bruno Retailleau largement en tête et il est clair que son projet, qui est le plus structuré et complet à droite, recueille un assentiment majoritaire de la part de militants qui se retrouvent en lui plus que dans la version tiède que d’autres proposent. Parce que Bruno Retailleau serait sans doute le favori, il est de manière interne l’homme à abattre et est traité avec une forme d’inquiète condescendance. Car cette « droite catholique vendéenne » qu’on tourne en dérision et qu’il incarnerait ne l’a pas désaccordé avec les lucides simplicités de la base contre le salmigondis de la nomenklatura.

On n’est pas loin de préférer une défaite certaine à Bruno Retailleau, précisément parce que celui-ci ne s’est pas caché d’appréhender la primaire comme un moyen « de renouer avec la France d’en bas ».

Tout cela est d’autant plus compliqué que, pour brimer encore davantage ce dernier auquel on reproche sa fidélité rare à François Fillon, on investit dorénavant sur qui refuse le système de la primaire, à l’égard duquel 80 % des sympathisants LR ont une bonne opinion et qui, ces derniers temps, semble profiter de son assurance intelligente et de son désir de disputer la joute finale. Avec des qualités et des atouts qui, globalement qualifiés de populaires, pourraient damer le pion à l’élitisme d’Emmanuel Macron.

Il est navrant de sentir que ces deux fortes personnalités, l’une à l’intérieur, l’autre à peine à l’extérieur, vont se nuire l’une à l’autre puisque seule l’une d’entre elles sera probablement en lice même si Bruno Retailleau ne semble pas exclure de se porter candidat malgré tout.

Xavier Bertrand, qui sait apprécier l’ironie en politique, doit savourer, en poursuivant sa lancée approuvée par les tenants d’un gaullisme social qui existe, n’en déplaise à Alain Juppé, d’être de plus en plus adoubé non seulement à raison de ce qu’il est et de ce qu’il propose mais pour faire obstacle au rival qui, au sein de LR, a le grand tort de plaire trop aux militants.

Les choses ne sont déjà pas simples mais il faut ajouter au tableau Nicolas Sarkozy qui poussait François Baroin, mais sans y croire vraiment, déteste Bruno Retailleau, ne raffole sans doute pas de Xavier Bertrand mais s’adorerait éventuellement dans le rôle d’un ultime recours.

Comment sortir de ce nœud de vipères qui pourrit LR ?

En se persuadant que la victoire est possible en 2022, en ne rendant pas impossible la désignation du meilleur et en se dotant d’un projet authentiquement de droite défendu par une personnalité qui aurait de la tenue, serait intègre et saurait prendre en charge, à la fois, la France et les Français.

Extrait de : Justice au Singulier

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