Editoriaux - Politique - Société - 8 avril 2019

Leur véritable adversaire : la politique de l’enracinement

J’ai voulu boire le lait nourricier du progressisme ; aller à la source afin de savoir quel est l’esprit qui souffle chez ceux qui nous gouvernent. Je me suis donc imposé la lecture de Le progrès ne tombe pas du ciel. Ce manifeste du progressisme écrit par David Amiel et Ismaël Émelien, deux des têtes pensantes qui ont inspiré la campagne et les premières années d’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron, est difficile à identifier sur les plans intellectuel, philosophique et politique.

Bâti sur des formules à l’emporte-pièce, il se veut décapant et novateur. La Révolution selon Macron, dans le texte !

Derrière les slogans accrocheurs et démagogiques, par-delà l’approche technicienne et stratégique de l’exercice de ce pouvoir ni de droite ni de gauche, se cache une vision incohérente et contradictoire dont les questions de l’identité et de l’Europe sont l’illustration. Une identité-mémoire et sans frontières… en français dans le manifeste. Une Europe des super nations sans abandons de souveraineté. Mais avec obligation de choisir les pans de cette souveraineté qu’on va quand même lui abandonner (sic).

Sous l’intitulé « L’individu sans l’individualisme », les auteurs affirment qu’ils ne veulent plus être ni de la chair à canon, ni de la chair à dogmes, ni de la chair à partis. D’accord… mais alors, que veulent-ils être ? Un homme idéal ! « Si l’homme est un idéal nous ne pensons pas que chacun puisse être son propre idéal. » Voilà ce qui serait croire à l’individu sans individualisme, l’apport du progressisme par rapport au libéralisme. Derrière ce « charabia » de pseudo-intellectuels comme l’ENA nous en formate promotion après promotion se cache le loup ; selon le proverbe italien, « le loup change de poil mais pas de vice ».

Car bien que voulant casser tous les intégrismes, ils ne s’affranchissent pas de certains poncifs de la République la plus républicaine. Ils veulent libérer les enfants de l’obéissance, source de frustrations, les soustraire à l’autorité de leurs parents et de leurs familles : « Nous savons que la pression de la famille, des voisins, des camarades de classe peut être très forte sur les enfants qui n’ont pas la capacité de choisir de manière autonome leurs convictions. Il faut les protéger, et d’abord à l’école ! »

Leur projet est constructiviste. Il tombe sous le coup de la condamnation pour totalitarisme de tous les individualismes telle qu’elle est formulée par Paul-François Schira dans son excellent livre La Demeure des hommes. Ils veulent imposer leur vision de l’homme idéal selon Macron !

En conclusion, ils désignent leur ennemi – le populisme (on n’est jamais si bien servi que par soi-même) – selon la ligne martelée par le Président du progressisme contre le populisme. Technique profondément révolutionnaire, au plus mauvais sens du terme, de tous les totalitarismes qui consiste à désigner ses ennemis et à les cataloguer pour mieux les discréditer.

Mais leur véritable adversaire, c’est la politique de l’enracinement dont les fondamentaux sont développés par Paul-François Schira dans le sillage de la grande Simone Weil.

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