Editoriaux - Politique - Société - 18 août 2018

Les minous d’Aurore Bergé

Quel est le rapport entre le cardinal de Richelieu, Marine Le Pen et… Aurore Bergé, porte-parole des députés macronistes ? Le port de la robe, l’amour de la France ? Non, celui des chats. Le ministre principal de Louis XIII en aurait eu quatorze en même temps !

Il avait introduit cet animal dans ses appartements pour lutter contre les souris et les rats qui grouillaient à Paris à l’époque. Rien n’a changé, donc. Parmi cette ménagerie féline, une damoiselle prénommée Soumise. Était-ce un jeu de mot avec Soubise, le nom de ce chef huguenot qui participa au siège de La Rochelle ou plus simplement parce que le Cardinal jugeait que telle devait être la femelle ? Il est vrai qu’à l’époque, les précieuses ridicules ne sévissaient pas encore et qu’on n’avait pas encore inventé Marlène Schiappa et Aurore Bergé. Dans cette chatterie, il y avait aussi un mâle noir qui répondait au nom de Lucifer, chose qui serait probablement impossible aujourd’hui, car discriminatoire. Un chat – ou une chatte, on ne sait – était baptisé Gazette, sans doute pour évoquer la Gazette, ce journal fondé en 1631 par Théophraste Renaudot avec le soutien du Cardinal. Mais on ne va pas passer en revue tous les minous cardinalices, cette page n’y suffirait pas.

L’amour des chats, disions-nous. Et il faut bien reconnaître que Richelieu fut, sans doute, le premier homme politique à préférer le chat au chien. Le premier, et peut-être le dernier, jusqu’à Marine Le Pen et Aurore Bergé. Louis XI était accompagné de fiers lévriers, Henri III de bichons mignons tout plein qui se pendaient à son cou. Henri IV était fidèle à Citron, un épagneul qui dormait au pied du lit sans se soucier des batailles qui se livraient au sommier. Louis XIV possédait des lévriers – plus exactement des levrettes -, histoire peut-être d’asseoir sa position de prince esthète. Louis XV des épagneuls. Et nos présidents de la Ve République, depuis Pompidou, ont tous eu leur chien. Mais pas de chats. Pourquoi ? On ne s’essaiera pas à des explications psycho-zoologiques. Le chien, c’est plus masculin, et comme le pouvoir est masculin… Le chat serait plus féminin. Plus mystérieux, sournois diront même les méchantes langues de chat. Explications qui valent ce qu’elles valent, c’est-à-dire pas grand-chose !

Et c’est là qu’entre en piste Aurore Bergé. La députée des Yvelines vient, en effet, de confier à Paris Match son amour pour les chats. Elle en a deux. Et on sait tout, maintenant, sur eux : leur parcours, leurs noms, leurs habitudes. Aurore dit même de gentilles choses : “La manière dont on traite les animaux reflète le niveau d’une société.” Le pape Pie X avait dit un peu pareil, mais plus élégamment et au sujet seulement des chevaux, autre meilleur ami de l’homme : “L’âme d’une civilisation se révèle tout naturellement dans sa culture équestre.”

Mais Aurore Bergé n’est pas qu’une amoureuse. C’est une militante, aussi. Et elle milite pour qu’on introduise des chats à l’Assemblée nationale. Pourquoi ? Tout comme Richelieu : à cause des souris. Elle ajoute : “Il faut un chat au Palais [de l’Élysée] ». C’est là qu’on voit, il faut bien reconnaître, que le macronisme, c’est une volonté, un chemin, un projet. Après des décennies de domination du chien, place, donc, au chat ! Et puis, y avez-vous pensé ? Le mot chien, en grec ancien, se dit kýôn, qui a donné le mot « cynique ». Le cynisme, c’est bien connu, c’est tout le contraire du macronisme. “L’homme est un animal politique”, disait Aristote. La politique française nous offre, aujourd’hui, de bien jolis animaux de compagnie.

Au fait, Aurore Bergé va-t-elle se rapprocher de Marine Le Pen, qui ne cache pas son amour pour les chats, afin de créer au sein de l’Assemblée une amicale des félinophiles ou, plus exactement, des ailurophiles ? Vivement la rentrée parlementaire !

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