Editoriaux - Société - 7 octobre 2019

Les femmes sont des pères comme les autres

Les propos de Mme Buzyn, médecin et ministre des Solidarités et de la Santé, sur LCP ont fait abondamment jaser, tant l’échange avec la journaliste à propos de la PMA paraît surréaliste. Question : « Un père, c’est une fonction symbolique. Cela peut être une femme ? » Réponse : « Cela peut être une femme, évidemment. Cela peut être une altérité qui est trouvée ailleurs dans la famille, on le voit, cela peut être des oncles… »« Une grand-mère ? »« Une grand-mère… » Bref, c’est l’amour qui compte, pas le sexe, toute altérité est bonne à prendre. Elle a oublié Médor : les chiens donnent leur amour sans compter et sont une altérité exemplaire.

Mais d’aucuns ont trouvé le propos nuancé : c’est symboliquement qu’une femme peut être un père, pas physiquement, bien sûr. Les enfants sont sûrement très sensibles à cette différence : « Ta mamy est-elle ton papa ? » « Ben ! maman dit que oui, symboliquement. » « Et toi, qu’en dis-tu ? » « C’est quoi, symboliquement ? » D’autres ont parlé de plaisanterie. Vraiment, plaisanter avec cette question brûlante quand, depuis l’aube des temps, innombrables sont les quêtes du père ?

Et l’amour ne fait pas tout : les enfants adoptés témoignent bien de cette béance, même quand ils sont aimés, et les parents adoptifs souffrent souvent de voir que leur amour ne suffit pas. Cette phrase d’Alphonse Allais : « Une fois qu’on a passé les bornes, il n’y a plus de limites », semble une blague mais dit quelque chose de très profond sur la frontière, le passage, la transgression : tout devient possible après la borne. Ainsi, un homme est une femme comme les autres, nous le savons depuis cette fameuse émission où un être très barbu, très sérieux, très masculin en apparence, demandait au révérencieux journaliste : « Qui vous dit que je suis un homme ? »

Eh oui ! qui nous le dit ? S’est même posée la question d’étendre la loi libérant l’accès à la PMA aux hommes transgenres. Le médecin Jean-Louis Touraine, rapporteur de la mission d’information sur la révision de la loi relative à la bioéthique, déclare : « C’est une bonne loi, nous sommes proches de l’éthique du juste milieu » (?) et il n’a rien contre « la GPA éthique ». Il cosigne une tribune qui demande l’extension de la future loi aux transgenres, ce qu’approuve Cléo Carastro, historienne et anthropologue à l’EHESS, elle-même transgenre : « C’est en effet pour tou·te·s qu’il faut la penser, pour les hommes et les femmes souhaitant engendrer. Outre la possibilité de faire appel à un don, deux hommes peuvent engendrer en mobilisant leurs seules forces procréatrices, et deux femmes le peuvent également. Ces hommes seront des pères, même si l’un d’eux aura accouché, et ces femmes seront des mères, même si l’une d’entre elles aura fourni des gamètes mâles. Le droit de filiation devrait ainsi être établi non pas en fonction de la gestation ou des gamètes, mais des relations de parenté que les géniteurs entendent établir avec leur progéniture, et sans qu’il y ait besoin de passer par l’adoption. »

Qui comprend me fasse signe ! Et il est une question que j’aimerais poser à tous ces gens, homosexuels ou non : vous-mêmes qui, pour la plupart, avez eu père et mère distincts, et les avez sans doute aimés et respectés, pensez-vous que ce que vous leur devez, ce qu’ils ont contribué à faire advenir en vous, est indépendant de leur sexe et que, toutes choses égales en termes d’affection et de présence, maman et papa étaient interchangeables ?

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