Législatives partielles : les enseignements du premier tour !

urne élections

« J’y vois un signal politique fort qui valide totalement notre politique à l’Assemblée nationale. » Au téléphone entre deux tractages, la députée RN sortante de la Marne Anne-Sophie Frigout ne cache pas sa satisfaction. À l’instar du député NUPES Bertrand Petit, dans le Pas-de-Calais, et Thomas Mesnier (Horizons), la députée du RN avait vu son élection invalidée et avait été contrainte de repartir en campagne dans un contexte explosif de réforme des retraites.

Et le contexte lui aura été favorable : avec 34,8 % des voix au premier tour, elle accuse une progression de 13 points par rapport aux élections législatives du mois de juin. La jeune femme de 31 ans a surtout vu la NUPES s’effondrer dans sa circonscription (en moyenne, le candidat de La France insoumise a perdu trois voix sur quatre) et la candidate de la majorité plus de la moitié des siennes (en comptant celles de la candidature divergente d’une proche d’Édouard Philippe). En comparaison, Anne-Sophie Frigout n’a perdu « que » 1.200 voix.

En effet, les élections législatives partielles ont toujours peiné à mobiliser l’électorat. Dans ce contexte, le député RN de Haute-Marne Christophe Bentz, qui enseignait, jusqu’à son élection, la sociologie électorale à l’ISSEP, s'enthousiasme : « Les résultats dans la Marne démontrent qu’il y a eu un déclic. Nos électeurs ont compris qu’ils pouvaient faire sauter le plafond de verre. » Le député de Langres conclut : « Cela démontre que le parti s’enracine et demeure très bien implanté et que notre politique est adoubée par l’électorat. » De toute évidence, la circonscription de la Marne était la seule que le RN pouvait décemment espérer remporter. Faire revenir une députée précédemment élue était un enjeu de taille pour le Rassemblement national. Ce qui explique l’exceptionnelle mobilisation des cadres du parti : outre la visite de Jordan Bardella qui choisit cette circonscription pour visiter un boulanger, Anne-Sophie Frigout a aussi bénéficié de la visite de Marine Le Pen en personne.

Pour Mme Frigout, « notre position d’opposition constructive, votant sans dogmatisme toute proposition améliorant le quotidien des Français, porte ses fruits. Notre proposition de suppression des zones à faibles émissions (ZFE) a eu un écho particulier ici. » En effet, l’ancienne proche de Nicolas Dupont-Aignan avait rédigé cette proposition de loi du RN et elle aurait dû la rapporter dans l’Hémicycle si son élection n’avait pas été invalidée. Une proposition de suppression d’un dispositif porteur d’inégalité sociale qui a fait écho dans cette circonscription de la Marne touchée par un tel dispositif. Dispositif porté au niveau local par l’adjointe au maire de Reims Laure Miller, qui affrontera la députée sortante au second tour. Du pain bénit pour Anne-Sophie Frigout. En effet, malgré son score de 35 %, sa réélection est loin d’être assurée. La candidate devra aussi composer avec une candidate de la majorité soutenue par le candidat perdant de la NUPES qui, sans donner de consigne de vote, a affirmé qu’il voterait contre le RN et, donc, pour la candidate Renaissance. « Pour le candidat qui soutient la réforme des retraites », ironise l’eurodéputé Thierry Mariani.

Un barrage républicain de LFI qui devrait être renommé « ascenseur républicain ». En effet, dans le Pas-de-Calais, le sortant de la NUPES affrontera le jeune candidat du RN Auguste Évrard. S’il bénéficie d’une avance confortable, Bertrand Petit ne peut pas encore compter sur le renvoi de l’ascenseur républicain, puisque le candidat malheureux de la majorité n’a pas appelé à faire barrage face au RN. « Dites, Stéphane Séjourné, votre candidat LREM est éliminé dans la législative partielle du Pas-de-Calais et refuse de choisir au second tour, NUPES contre FN. Votre parti refuse toujours de choisir ? Comptez-vous vraiment favoriser l'arrivée d'un nouveau député d'extrême droite ? » a tweeté le leader écologiste Julien Bayou. L’ancienne victime de Sandrine Rousseau n’a pas oublié de noter qu’en cas de second tour Nupes-RN, l’électorat préférait se reporter sur un député du Rassemblement national. Comme si la logique du barrage républicain ne fonctionnait plus qu’à l’Assemblée nationale et plus du tout dans les territoires.

Marc Eynaud
Marc Eynaud
Journaliste à BV

Vos commentaires

13 commentaires

  1. En tant que Pied Noir, je n’affectionnais pas particulièrement le général De Gaulle, mais il avait raison, même s’il nous a trahi. Les Français sont des veaux. Macron a dit ne pas voter RN, ils l’ont écouté, et il est passé. Ils ont ensuite voté Nupes, et ce groupe par idéologie demande à son électorat de voter contre RN. Cela prouve bien que les Français sont des veaux ou plutôt des moutons qui bêlent en allant à l’abattoir.

    • Sachons que Melenchon est aussi Pied Noir que vous et moi mais pas très enthousiaste à le reconnaître du fait de sa naissance à Tanger où ses oranais de parents, fonctionnaires, furent mutés! Son nom, sans accent, est fort répandu à Murcie!

  2. C’est pas gagné pour la candidate RN, la NUPES à le vent en poupe, mème en étant des nuls dans l’hémicycle ce sont ceux qui font le plus de bruit. Les électeurs Français sont des veaux selon De Gaulle, et ils voudront toujours en majorité faire barrage à l’extrême drouÂÂÂte !

  3. Les candidats de Reconquête ! ont obtenu entre 2,1% et 2,5% soit 7 à 16 fois moins que les candidats du RN; les faits sont têtus !

  4. La France Insoumise fait barrage à l’extrême droite RN en votant pour l’extrême droite macronienne qui fait monter l’extrême droite RN.

  5. Nuppes , gauche , LR , tous votent Macron dans l’espoir de se maintenir afin de garder leurs privilèges et rémunérations .

  6. Il serait hasardeux de tirer des conclusions trop tranchées de ces élections partielles qui ne mobilisent que des électeurs plutôt politisés, mais il sera intéressant dimanche soir de connaître dans le Pas-de-Calais la proportion de l’électorat macronien qui s’est reporté sur le candidat du parti national plutôt que de s’abstenir.

  7. la nupès ne fait que du vent, du bruit dans hémicycle, sort des motions de censure qu’elle espère qu’elles ne seront pas votées, et soutien permanent au gouvernement, avec des ronds de jambes, comme ici avec les législatives

  8. Tant qu’il y aura des abstentionnistes la gauche a de beaux jours et la France ne s’en sortira pas…. Dansa rue la gauche hurle contre les projets de lois et lors des élections elle élit ceux qui font ce projets… Comme disait Audiard…c’est à ça qu’on les reconnait…

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