Une idée me tarabuste. Tous ces « migrantphiles » XXL qui, le cœur sur la main, manifestent au cri de «  Welcome » et ouvrent leurs bras généreux et accueillants, toutes ces associations peuplées de bienfaiteurs de la souffrante humanité, tous ces passeurs qui, avec l’absolution des tribunaux, laissent entrer des milliers d’illégaux, tous ces penseurs de salon qui expriment leur aversion pour les murs, les contraintes, les remparts contre l’invasion, tous ceux-là pavoisent, le cœur en paix, certains d’être du bon côté de la morale. Pas question de trier, de choisir : on prend tout le monde, sans distinction, sans discrimination. « Entrez, braves gens, vous êtes ici chez vous ! » À bas les frontières ! Couchés, les gabelous ! C’est magnifique de générosité, de fraternité, d’hospitalité.

Oui mais, dans la vraie vie, lorsque ces humanistes ont replié leurs calicots, éteint leurs mégaphones et terminé leurs kebabs, ils remontent dans leur Twingo™ en déverrouillant la porte, se garent près de chez eux, fouillent dans leurs poches pour en extraire un trousseau de clés, ouvrent la porte d’entrée soigneusement cadenassée quelques heures plus tôt et referment derrière eux à double tour. Pas question de laisser tout cela (voiture, logement) ouvert. À la télé, ils ont montré la détresse de ces pauvres gens dont la maison a été squattée par des chenapans qu’ils n’avaient pas invités. Et nos manifestants, comme la France entière, ont la larme à l’œil. Alors, clic, clac, on se barricade chez soi, bien au chaud, bien en paix. D’accord pour laisser entrer des gens, mais des copains, des amis, enfin, des gens qu’on aura choisis, pas n’importe qui, pour n’importe quoi, n’importe quand. Ainsi va la vie, ainsi va le monde !

Le pape se laisse prendre également à ce petit jeu. Opiniâtre partisan du « droit de pouvoir émigrer », il déclare qu’il faut « offrir aux migrants et aux réfugiés de plus grandes possibilités d’entrée sûre et légale dans les pays de destination ». Disant cela, il est dans son rôle, mais, curieusement, sa maison terrestre est soigneusement policée par un régiment de 135 gardes suisses pas du tout laxistes et tout à fait intransigeants sur la sécurité des lieux : on n’entre pas au Vatican comme dans un vulgaire presbytère. Quant à sa maison céleste, c’est autre chose. Tout chrétien, pape inclus, rêve d’y entrer pour y poursuivre sa vie éternelle : elle est beaucoup plus confortable que le bouillant Enfer et même plus accueillante que cette antichambre de Purgatoire. Cette maison, c’est le Paradis.

Mais malgré l’attirance qu’il exerce sur les hommes, et en dépit des souhaits terrestres de l’actuel pontife, le Paradis n’accueille pas tout le monde. Pour y entrer, il faut montrer âme blanche. Et le gardien des lieux, lointain prédécesseur du , fait le gendarme : c’est pour cela qu’il détient les clés de l’endroit, les fameuses « clés de saint Pierre », au symbolisme si important qu’elles ornent le blason du Vatican depuis des siècles.

Serait-ce trop demander, respectueusement, à Sa Sainteté François de mettre un peu de cohérence dans tout cela et, à son choix, d’adapter les armoiries au discours, ou le discours aux armoiries ?

8 novembre 2020

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