Voila trois mois, j’ai publié, sur YouTube, une vidéo intitulée « Le mégakrach aura bien lieu », et un article du même titre sur Boulevard Voltaire. Je répondais, dans cet exposé, à une interview, pour le journal Les Échos, de David Solomon, patron de Goldman Sachs, qui se voulait rassurant quant à la situation financière mondiale. Selon lui, les bases étaient très solides et seules les politiques populistes de Trump et des autres risquaient de conduire à une récession.

À travers cette interview, j’ai senti qu’il s’agissait avant tout de trouver des boucs émissaires à la catastrophe en gestation qui viendrait infailliblement, compte tenu de la situation totalement dégradée de la finance mondiale, déréglée par une spéculation débridée, encouragée par les politiques laxistes des banquiers centraux et totalement hors de contrôle des gouvernements, incapables de mettre un frein à tout cela, de réguler les activités financières. Et les populistes, abhorrés par le monde de la finance, étaient un bouc émissaire idéal.

Aujourd’hui, la catastrophe annoncée par plusieurs économistes, dans l’indifférence des médias qui ont refusé de relayer ces analyses, semble se produire bel et bien sous nos yeux. Depuis une semaine, les cours ont chuté de 40 % sur les principales places mondiales et il est peu probable que la tendance se retourne, tant les mauvaises nouvelles s’accumulent : paralysie de l’économie italienne qui se propage aux autres pays européens, effondrement des cours du pétrole, banques en très grande difficulté… Le mégakrach est là, et bien là. Les médias n’insistent pas, monopolisent l’antenne avec la crise sanitaire, mais les effets économiques seront bientôt terribles avec, à la clé, des faillites bancaires en série et la Deutsche Bank qui devrait probablement inaugurer la série. Les effets seront terribles, probablement plus qu’en 2008 car, à l’époque, les États avaient surmonté la crise, empruntant massivement pour sauver les banques en faillite : aujourd’hui, cette solution n’est plus d’actualité, les États sont au bout de leurs capacités d’endettement.

On nous dit que le coronavirus est la cause de tout cela. En fait, ce n’est qu’un prétexte pour dédouaner les vrais responsables de la crise : la finance internationale, les banques centrales et les politiques qui ont laissé faire. Voire qui ont organisé les institutions et les réglementations au service exclusif de cette finance folle et avide. Depuis 2009, la politique de Quantitative Easing de la Fed, relayée dès 2014 par la BCE, inonde l’économie de liquidités pour soutenir les pays en difficulté (France, Italie, Espagne, Grèce, Portugal) : elle alimente surtout les activités spéculatives des banques et compagnies d’assurance. La spéculation, dopée aux émissions des banques centrales, a enflé comme un soufflé : il retombe aujourd’hui avec le coronavirus, mais n’importe quel autre incident aurait provoqué tôt ou tard les mêmes effets. La panique qui entoure l’épidémie de coronavirus est la mèche qui a mis le feu à une poudrière économique et financière mondiale organisée pour le profit exclusif des spéculateurs.

Les mois et les années à venir seront très durs pour nous tous. Pour le moment, les banques centrales annoncent des aides et un nouveau recours au Quantitative Easing pour passer le trou d’air : ils n’ont pas trouvé de meilleur remède que celui qui nous a conduits au fond du gouffre. Mais demain, dans quelques mois, il nous faudra rembourser ces aides. En sus, nous allons à nouveau être sollicités au secours des banques en faillite : la Commission de Bruxelles a déjà tout prévu, depuis des années, avec la directive BRRD (Bank Recovery and Resolution Directive) de 2016 qui autorise banques et compagnies d’assurance à se renflouer en ponctionnant l’épargne des clients ! Alors que nous-mêmes, salariés, fonctionnaires, chômeurs, chefs d’entreprise, commerçants, artisans, hôteliers, restaurateurs, agriculteurs, sommes depuis longtemps en grande difficulté. Cette crise qui s’annonce sera sanglante, mais elle sera pour nous tous l’occasion ultime de nous débarrasser de l’emprise mortifère de la finance sur le monde, la politique, l’économie, la culture et les médias : saisissons-la !

Les politiques qui nous gouvernent, les mêmes qui ont été placés là où ils sont avec le soutien des financiers, vont nous solliciter pour que tout reprenne comme avant : il vont tout faire pour maintenir coûte que coûte le système pourri à flot. Cette fois-ci, il ne faudra plus faire confiance, plus suivre comme des moutons : exigeons que les activités financières soient mises au pas, une bonne fois pour toutes, et œuvrent au service de l’économie et non pour parasiter la planète entière. Faute d’entreprises et d’industries porteuses d’emplois, délocalisées vers l’Asie, nous sommes devenus dépendants des activités financières, comme le drogué en manque : il faut que cela cesse. Exigeons que nos entreprises, nos productions nationales soient favorisées, encouragées, relocalisées, et non persécutées fiscalement. Remettons nos valeurs séculaires au gout du jour : effort, épargne, travail, risque doivent remplacer assistanat, spéculation, loisirs et consumérisme qui gouvernent nos sociétés depuis quarante ans.

Le coronavirus va nous ébranler : il ne nous tuera pas. Il est peut-être l’occasion ultime de faire renaître nos pays de leurs cendres. Ne la laissons pas passer !

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