Armées - Editoriaux - International - 14 juillet 2019

« Le jour du 14 juillet, je reste dans mon lit douillet… »

« …la musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas ! », chantait l’ami Georges dont je partage, en ce 14 juillet républicain sous le soleil grec, l’antimilitarisme délicieusement désuet de son époque. Mais à travers cette chanson un peu désenchantée, Brassens exprime exactement ce que, malgré la présence de tous ces comiques troupiers de l’écurie Macron, je ressens ce matin, à mon patriotisme défendant !

Rien que l’idée de subir, chaque année, la nièce de Drucker ou l’inénarrable Jean-Claude Narcy m’avait, jusque-là, incité à retourner fissa, grognon, sous la couette… Plus tard, si Morphée me libère enfin, je rallumerai la télé pour l’arrivée martiale des casoars, marsouins et autres képis blancs, sapeurs de la Légion que la foule plébiscite chaleureusement chaque année. Je me féliciterai des sifflets qui salueront l’arrivée de l’écurie d’Augias-Macron… Il ne manquera que Léon Zitrone, qui savait donner du panache à ses commentaires. Si Morphée me délivre enfin, j’oublierai même que la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, fut ce jour maudit où la Révolution française s’est emparée d’une prison où l’on ne trouva que « sept personnages de minable envergure, escrocs, faussaires, délinquant sexuel… » (source Hérodote.net).

Les Besserwisser (érudits) me rétorqueront qu’officiellement, ce n’est pas le 14 juillet de « l’an de grâce » 1789 que l’on célèbre en ce jour béni, mais celui de l’année suivante, la première « Fête de la Fédération », le 14 juillet 1790. Elle deviendra fête nationale chômée et fériée le 6 juillet 1880, par décret de la IIIe République, en mal de symboles révolutionnaires.

Je ne disserterai pas plus avant sur ce choix, ne portant guère la « Gueuse » dans mon cœur, encore que la grande majorité de ceux qui combattent la République depuis 1789 soient plus proches des gueux de la chouannerie que des bourgeois anoblis ou des petits marquis émigrés ! Aussi irai-je, en guise de remontant, à l’heure de l’apéro avec mon voisin Kostas royaliste, visionner pour la énième fois le documentaire-hommage que la télévision grecque vient de consacrer au roi Paul de Grèce, disparu il y a 50 ans.

Son fils Constantin II fut le dernier roi des Hellènes, que l’arrivée des colonels allait contraindre à l’exil alors qu’il tentait de les renverser fin 1967. La junte d’opérette de Papadópoulos le déposera officiellement, le 1er juin 1973, l’accusant d’avoir fomenté une insurrection dans la Marine depuis son exil romain. La République est proclamée mais les Grecs ne lui coupèrent pas la tête pour autant : en 1974, ils confirmèrent par référendum l’abolition de la monarchie.

Les choses auraient sans doute été différentes si la famille royale grecque n’avait pas été de sang barbare, d’origine étrangère. Par son père Paul Ier et par sa mère, Frederika de Hanovre, Constantin est apparenté en effet à la plupart des maisons royales européennes et descend de la reine Victoria. Sa sœur est la reine Sofía d’Espagne, l’épouse de l’ex-roi Juan Carlos.

Ce qui n’empêche pas les anciens de « mon » île de regretter parfois le temps béni du bon roi Constantin, toujours plébiscité à l’état civil pour les prénoms masculins. Au café un peu décati du village, les nostalgiques de Constantin trinquent volontiers à sa santé, avant de partir dans un immense fou rire quand je rappelle mon chien de berger belge, répondant au malicieux nom d’Obama… Je leur explique qu’en vertu d’une vieille tradition royaliste, la coutume veut que l’on donne à son chien, en France, le patronyme du président de la République. Et que l’appeler Macron ou Hollande, le bouffon de la République, aurait sans doute été désobligeant pour… mon fidèle compagnon !

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