Editoriaux - Santé - Société - 26 mai 2019

La vie ou la mort

Le débat sur la vie de Vincent Lambert est intervenu en période électorale. Les médias ont interrogé les candidats ou leurs soutiens sur leur opinion dans ce débat. Leurs avis divergent comme celui des proches de Vincent Lambert. On notera que les politiciens classés « à droite » se rangent plutôt du côté de la mère et ceux « à gauche » du côté de sa conjointe.

Madame Marine Le Pen, par exemple, a déclaré au micro de Boulevard Voltaire que la situation engendrée par la décision de justice d’arrêter les soins « heurte nos consciences ». Messieurs Dupont-Aignan, Bardella ou Bellamy ont tenu des propos similaires.

Les candidats de gauche ne se sont pas montrés heurtés de la décision judiciaire. Raphaël Glucksmann a rappelé le très connu « Il faut faire confiance à la justice » et Manon Aubry a préconisé d’aller plus loin vers l’euthanasie. Il paraît, à première vue, surprenant que la gauche, classiquement moins soucieuse de rentabilité que la droite, choisisse aujourd’hui la mort. Elle était en pointe pour l’abolition de la peine de mort. Je voyais, dans cette abolition, le signe que tout humain est digne de vivre même s’il a lui même tué monstrueusement. Ainsi, il apparaît que nourrir un grand criminel en prison est toujours souhaitable, mais nourrir un grand handicapé ne l’est pas. On entend parler de « droit à mourir dans la dignité ». Cela signifie-t-il, concernant Vincent Lambert, que ceux qui veulent sa mort au plus vite estiment qu’il a perdu sa dignité ? Qu’il n’a plus la dignité qu’on reconnaît aux criminels condamnables à mort ? La dignité d’un individu n’est-elle pas, avant tout, dans le regard que portent les autres sur lui ?

Je ne connais pas Vincent Lambert et il est tantôt dit qu’il est « un légume », tantôt qu’il réagit à la présence de son entourage. Il faudrait savoir. Sa qualité de vie me semble si faible et irréversible que si les proches aimants étaient unis, je trouverais raisonnable de le laisser mourir, sédaté, de déshydratation. A fortiori s’il lui restait une part de conscience qui pourrait ajouter sa propre souffrance psychique à celle de ses proches. Dans le cas présent, il n’y a pas consensus. La société doit choisir entre l’avis de la mère (la vie) et celui de l’épouse (la mort). Daniel Cohn-Bendit a exprimé que « quelqu’un qui est marié n’appartient plus à ses parents », qu’il faut laisser le dernier mot à l’épouse. Est-ce satisfaisant ? L’amour conjugal peut s’éteindre parfois avant l’amour maternel. N’est-il pas préférable de laisser le dernier mot au partisan du maintien en vie, comme on a pu surseoir à la peine capitale suite à l’avis divergent d’un seul des jurés d’assises ?

Pour prévenir ce type de dilemme, il ne faut pas attendre d’être malade pour rédiger ses directives anticipées. Il faut les écrire dès que possible, les actualiser (on a le droit de changer d’avis) et exprimer précisément la limite du niveau de handicap à partir duquel on souhaite être maintenu en vie ou non, au mieux à partir de formulaires devant être très explicites.

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