Culture - Editoriaux - International - 14 août 2019

La Turquie brûle 300.000 livres : la France est mal placée pour lui faire la leçon ! 

Vous avez peut-être lu Fahrenheit 451, ce roman de Ray Bradbury, publié en 1953, où les pompiers ont pour mission de brûler les livres ? On a tendance à croire que c’est le propre des régimes totalitaires de s’attaquer à la liberté d’expression, notamment en pratiquant des autodafés. Hitler n’a-t-il pas, en 1933, lancé une action « contre l’esprit non allemand » en jetant publiquement au bûcher des dizaines de milliers de livres ? Eh bien, le gouvernement turc d’Erdoğan vient de procéder de la sorte, en brûlant près de 300.000 livres suspectés d’avoir un lien avec son ennemi juré, Fethullah Gülen.

Un pays, membre de l’OTAN, candidat à l’entrée dans l’Union européenne, peut donc avoir des pratiques totalitaires. Depuis trois ans, 25 % des maisons d’édition ont été fermées, ainsi que 150 médias. 5.800 professeurs d’université ont été licenciés. Au-delà d’une lutte politique, ces mesures portent atteinte à la liberté d’expression. Dans les moindres détails. Ainsi, 1,8 million de manuels scolaires ont été réimprimés pour effacer le nom de « Pennsylvania », l’État américain où l’opposant s’est réfugié.

Mais il n’est pas besoin de recourir à ces extrémités pour s’attaquer à cette liberté.

Même des régimes censés être démocratiques succombent à la tentation de la censure pour consolider leur pouvoir. Qui se souvient, par exemple, que le général de Gaulle, au début des années 1960, la mit en place pour contrôler les journaux de la radio et de la télévision ? Cette censure fut dénoncée en 1971 par Maurice Clavel qui, s’apercevant que son film avait été coupé, quitta le plateau, en prononçant cette phrase devenue célèbre : « Messieurs les censeurs, bonsoir ! »

D’aucuns objecteront que cette censure n’existe plus, aujourd’hui, en France. En fait, elle s’exerce insidieusement par la domination de la bien-pensance. Certes, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen affirme que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi » et précise que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ». Mais, dans la pratique, la loi Gayssot du 13 juillet 1990, les lois mémorielles et, plus récemment, la loi contre les « fake news » apportent des limites à la liberté d’expression.

Si, aux États-Unis, cette liberté est garantie par le premier amendement de la Constitution, ce n’est pas le cas en France où existent de nombreux interdits. Il ne s’agit pas de favoriser ou d’approuver la diffusion de thèses racistes, antisémites ou xénophobes, mais de permettre le débat, en dehors de toute propagande. D’autant plus que la censure, ou l’autocensure qui en découle, alimente les rumeurs complotistes. Ce n’est pas une victoire de la vérité, c’est une défaite de la pensée. C’est à coup d’arguments, non de tabous, qu’il faut susciter la réflexion et rechercher modestement la vérité.

L’impérialisme de la pensée unique entrave la liberté de pensée. Il doit être permis de démontrer, sans risquer une condamnation, que la colonisation, quoi qu’en pense Macron qui l’assimile à un « crime contre l’humanité », eut des aspects positifs. Que l’esclavage n’est pas un fléau inventé par les Européens mais prospéra dans le monde musulman. Que défendre d’autres solutions que l’IVG, pour des femmes véritablement en détresse, n’est pas un délit. Sous prétexte de plus de liberté, notre démocratie s’attaque à l’un de ses principes fondamentaux : la liberté d’expression et d’opinion. En agissant ainsi, elle s’autodétruit.

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