Economie - Editoriaux - Société - 18 février 2019

La thaïlandisation (très) progressive de la société française

En déplacement, vendredi 15 février, dans le Finistère, le Premier ministre Édouard Philippe s’est déclaré favorable à l’instauration de « contreparties » aux aides sociales en France. Autant dire que l’accentuation de la précarisation des plus précaires est à l’ordre du jour. Gilets jaunes ou pas, les pauvres ne préoccuperont jamais la droite libérale. Malgré tout, et sans le savoir de façon précise, ceux qui se battent, depuis trois mois, pour obtenir un bien meilleur pourvoir d’achat sentent concrètement le déclin du modèle social français. En fait, la lutte des classes devait inéluctablement revenir comme un boomerang. Les saccages des permanences et des logements des députés de la majorité en sont l’illustration la plus éloquente.

Pourtant, les salaires devraient augmenter de 2,2 %, d’après les prévisions de la Banque de France. Il convient, seulement, de faire une distinction de fond entre les chiffres officiels sur le plan économique et les faits sur le plan politico-social. Car, lentement et sûrement, le peuple français devient une armée de réserve du capitalisme financier. Dans une atmosphère électrique, les journalistes, les vedettes du petit écran et les acteurs nourrissent, sans vergogne, un culte de la personnalité amplement relayé par les chaînes de télévision d’information en continu : le Président Macron serait le plus beau, le plus intelligent et même le plus endurant dans le cadre de son « Grand débat ». Macron est le roi, un roi nu, mais un roi tout de même !

Cet ancien inspecteur des finances prépare son peuple à accepter une paupérisation qui frappera autant les travailleurs que les chômeurs. Les géants d’Internet et autres multinationales obtiendront des Français ce qu’elles obtiennent déjà des Européens de l’Est : un maximum d’effort dans un minimum de temps. La Silicon Valley et ses concurrents orientaux feront des « Gaulois réfractaires au changement » ce que le Japon, la Corée du Sud et la Chine font des Thaïlandais aujourd’hui : une main-d’œuvre au moindre coût possible. Ça flexibilise et délocalise à tour de bras. Pour autant, les Thaïlandais ont servi ce modèle écomomico-industriel pour progresser socialement alors que les Français devront renoncer à leur modèle social pour survivre du mieux possible économiquement. Un croisement logique des courbes au niveau comptable. La mondialisation est totalitaire ou n’est pas.

En outre, la Thaïlande regorge d’établissements consacrés ouvertement à la prostitution alors que la France oblige sa jeunesse à se livrer à des petits boulots sans perspective d’avenir, au mieux, ou à « l’accompagnement personnalisé », autrement dit « faire l’escort », au pire. Avec du puritanisme protestant à la clef, la jeunesse française se vend au plus offrant par écrans interposés. Une prostitution, tantôt symbolique tantôt réelle, qui se mêle à celle des immigrées – au nom des droits de l’homme ! – tout en servant les intérêts des mafias. De même que Phuket ou Pattaya, Paris, Marseille et ses cousines donnent le change dans le marché du cannabis. Car la drogue et la prostitution amènent l’argent quand l’argent amène les armes.

C’est bien en vase clos que le Français, déjà condamné à la misère tant sociale que sexuelle, se condamne à survivre au côté de la femme devenue un homme, ou de l’homme devenue une femme. “Vous parlerez d’amour quand il aura mangé”, avait écrit Apollinaire.

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