On y allait avec prudence et curiosité. La PMA étant actée dans la pensée des Français, préoccupés uniquement, dit-on, avant le Covid-19, de leur pouvoir d’achat et, depuis le Covid-19, par le chômage, il fallait veiller simplement à la dérive que serait la GPA. Les bonnes âmes en étaient sûres : la PMA, peut-être, mais la GPA, non ! Pourquoi ? Parce que la GPA, c’était complètement différent de la PMA. Que de fois on l’avait entendue et lue, cette affirmation, sous la plume et dans la bouche de gens autorisés qui ne voyaient pas que PMA et GPA procèdent de la même manipulation des corps des femmes, réduits à des pièces détachées !

Désormais, on n’aura plus à surveiller le lait sur le feu. Un amendement, proposé par Jean-Louis Touraine, rapporteur de la loi Bioéthique, a été adopté en commission spéciale, en ce début du mois de juillet, qui autorise la technique de la (réception d’ovocyte de la partenaire) permettant à une femme de donner à sa partenaire un ovocyte qu’elle portera dans son utérus : ce qu’on appelle un don dirigé. Ce qui fera qu’un enfant, né par une PMA de lesbiennes, n’aura pas de père mais aura deux mères. Ce procédé, faisant de l’enfant un bien partagé, ouvre forcément la voie à la GPA. Le risque serait de ne pas prendre cet amendement au sérieux car M. Touraine, lui, est toujours sérieux.

On sait l’épreuve que représente cette technique particulière de PMA qu’est la FIV au sein d’un couple hétérosexuel. Que dire des techniques procréatives auxquelles est prête à se soumettre une femme en mal d’enfant ! Il est surprenant que Mme Schiappa, si sensible au sort fait aux femmes sous l’emprise de leur conjoint, ne se penche pas, avec l’ardeur qu’on lui connaît, sur celui des femmes sous l’emprise de la technique médicalisée, coachées et soumises à la loi du marché procréatif. Dans un livre remarquable, Made in Labo, Dominique Folscheid, montre bien qu’une femme est prête à tout pour « avoir un enfant », même à s’unir pour de bon avec un inconnu car l’amour, on le sait, est aveugle. La ROPA paraîtra peu de chose, bientôt !

Cet amendement, sera, pense-t-on, recalé en vote à l’Assemblée plénière de septembre. Pas si sûr car le ministre de la Santé, Olivier Véran, se dit « favorable à certaines évolutions dans le texte ». Surtout, faire de la politique, c’est anticiper. Et le temps, malin, fait son œuvre en sous-main sous le nom d’habitude. Ce qui paraissait impensable, aujourd’hui, va de soi demain. En 2022, l’amendement d’aujourd’hui deviendra la loi ROPA. Dans son livre Un été avec Machiavel, aux Éditions Équateurs parallèles, Patrick Boucheron intitule un chapitre « État d’urgence ». Monsieur Touraine a rappelé l’urgence de la loi Bioéthique qualifiée de « rupture dans l’urgence sanitaire ».

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