Editoriaux - Réflexions - Société - 15 novembre 2019

La poésie au secours de la réforme des retraites ?

Nous sommes imprégnés de marxisme. Les idées seraient des abstractions. Tout ne serait qu’idéologie. Le réel serait malléable. La religion serait l’opium du peuple. Nous avons rejeté toute forme de réalisme des idées et de la pensée au nom de nos rêves et de notre croyance éthérée en un monde meilleur… Et patatras ! Les régimes de retraite nous renvoient la réalité à la figure !

Idéal de l’arrêt du travail, le droit de ne rien faire, d’atteindre ce rêve pour faire des voyages, profiter de la vie, fuir les contraintes, la réalité, l’effort. Ce rêve envahit toutes les couches de la société. La réduction infinie et progressive du travail est une utopie. Le travail n’est pas l’aliénation de l’homme mais la chance de transformer le quotidien, pour nourrir les siens, transmettre. Comment sortir du cercle vicieux dans lequel une certaine philosophie nous a enfermés ? Comment redécouvrir que le monde a une autre dimension que la pure mesure des richesses matérielles, retrouver une dynamique individuelle et collective fondée sur l’idée de l’effort ?

Les poètes, ces orfèvres de la littérature, nous sont utiles pour retrouver la voie de la sagesse… La Fontaine : « Travaillez, prenez de la peine :/C’est le fond qui manque le moins » dans Le laboureur et ses enfants, qu’il conclut, après avoir annoncé qu’un trésor était caché dans son héritage : « D’argent point de caché. Mais le père fut sage/Se leur montrer avant sa mort/Que le travail est un trésor. »

Saint Jean-Paul II, un autre poète à sa manière, décrit le travail comme le moyen pour chaque homme d’y mettre toute sa peine et tout son amour pour les siens. Musset : « Jours de travail, seuls jours où j’ai vécu. » Victor Hugo : « Les hommes au travail sont grands des pas qu’ils font, Leur destination, c’est d’aller portant l’arche Ce n’est pas de toucher le but, c’est d’être en marche. » Aragon : « C’est par le travail que l’homme se transforme. »

Des vers qui donnent du sens. À l’inverse, le temps de travail, la limite d’âge, la valeur travail, l’exploitation du travail et de l’homme sont autant de critères justes mais insuffisants pour résoudre cette équation qui met les gouvernements en échec… Ils nous ont aveuglés ; non qu’ils fussent faux mais parce qu’ils étaient réducteurs. L’homme n’est pas qu’un amas de matière. L’économie n’est pas que la science de la production, elle est aussi et d’abord la science de la gestion de la maison, de la famille, de la cité, de l’entreprise, de la nation ; autant d’écrins dans lesquels l’homme est appelé à s’épanouir avec sa nature d’animal social.

Voilà pourquoi les poètes sont utiles. Ils voient, ils sentent, ils comprennent et ils expriment avec leur sensibilité exacerbée ce que nous avons perdu de vue. Ils disent l’essentiel sur tout, parce que rien de ce qui est humain ne leur est étranger. Laissons le dernier mot à leur prince Pierre de Ronsard : « Par trait de temps les flatteurs meurent/Mais les beaux vers toujours demeurent. » Car : « Ce sont les seuls interprètes des vrais Dieux que les poètes. »

Et si nous offrions une anthologie de la poésie française à Agnès Buzyn et Jean-Paul Delevoye ?

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