Lorsque cette crise sanitaire sera terminée et que nous ferons le compte des dégâts provoqués par l’incurie de nos dirigeants, ce ne sont pas seulement nos gouvernants actuels qu’il faudra pointer du doigt, mais bien un régime politique qui les dépasse, une matrice idéologique dont ils sont issus.

L’impéritie du pouvoir, en France comme à l’étranger, n’appelle plus de commentaires. C’est un fait. Si gouverner, c’est prévoir, si être un chef, c’est donner le cap, alors nous n’avons ni gouvernants ni chef. Ce sont déjà des cadavres politiques qui ne méritent pas qu’on s’y arrête. La question est plus profonde. Comment notre société a-t-elle généré et mis au pouvoir de tels incapables ? Et que faut-il y changer ?

Notre modèle de société plonge ses racines dans la mythologie révolutionnaire fondée sur une double idée : l’autonomie de la volonté, qui fait de chaque individu le maître de son existence ; le progrès incessant qui lui donne les moyens de cette autonomie. Il ne tolère la contrainte que parce qu’il n’a pas la possibilité de s’y soustraire, ou parce qu’elle lui semble protectrice de ses propres intérêts. Le régime républicain, installé depuis 150 ans, a repris à son compte cette mythologie qu’il a accentuée en se proclamant l’incarnation de la patrie.

Certes, Jules Ferry et ses épigones passeraient, de nos jours, pour de dangereux extrémistes. Mais leur foi dans le progrès de l’humanité, exprimée avec des mots désuets à nos yeux, n’a rien de fondamentalement différent de celle affirmée par leurs successeurs. La République qu’ils ont fondée reste une sorte de divinité dont dépend le bonheur des Français. Elle n’est pas un système institutionnel, elle est la France…

Patatras ! un méchant virus a mis par terre ce mythe de l’éternel progrès. L’homme du XXIe siècle, persuadé d’avoir vaincu les malédictions du passé (la guerre, la peste et la famine), est confronté à une situation qu’il ne maîtrise pas. Dans cette société libérale avancée qu’il voudrait voir généralisée à la Terre entière, dans ce monde multiculturel ouvert et tolérant, il meurt – ses vieux meurent ! – d’un micro-organisme que la science ne soigne pas correctement faute de moyens, d’anticipation, de préparation. Il doit rester confiné parce que le progrès a manqué lorsqu’il fallait observer, prévenir, stocker. Il doit rester confiné parce que l’autre, l’étranger, le voisin, l’immigré du bout du monde, l’Européen transalpin est un porteur potentiel de danger. La frontière devient protectrice.

Patatras ! la mondialisation heureuse dévoile sa véritable nature. Nos entreprises sont incapables de fabriquer par millions quelques centimètres carré de tissu protecteur, incapables de produire les tests, incapables de sortir les médicaments en quantité suffisante, incapables de décider, simplement, qu’un traitement qui semble efficace doit être mis en œuvre sans attendre le feu vert des technocrates, quels que soient les risques qu’il implique.

Patatras ! le mythe de la croissance permanente s’écroule. L’endettement atteint des chiffres que l’esprit ne conçoit pas. Le chômage va exploser, l’inflation revenir, la consommation s’effondrer. Un monde s’écroule, une société perd les repères artificiels qu’elle s’était créés. Déjà, il y a un an, la flèche de Notre-Dame basculant dans les flammes avait frappé les esprits, comme un avertissement que tout n’est pas éternel ; il y a un an encore – un siècle ! –, le chef que les Français s’étaient donné promettait de la reconstruire en cinq ans, plus belle qu’avant. Toujours le mythe du progrès.

La fin d’un régime, c’est la fin d’un mythe. Celui du roi protecteur. Celui du César conquérant, celui d’une nation victorieuse. 1789, 1815, 1870, 1940. Seuls comptent les réalités charnelles, l’enracinement. Le mythe du progrès est mort et, avec lui, celui d’un chemin pavé de roses, de lendemains qui chantent sous les bienfaits d’un mondialisme béat. Aux Français, à chacun d’entre nous, d’en tirer les conclusions.

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