Editoriaux - Médias - 12 janvier 2019

“La défiance envers les médias” pour les nuls

Eugénie Bastié s’étonne, comme beaucoup de ses confrères, de la défiance de l’opinion à l’égard de la presse. Elle se demande même : “Pourquoi tant de haine ?”

Cette interrogation a de quoi faire sourire. Rappelons, d’abord, que la presse est ce que l’on nomme le “4e pouvoir”. À ce titre, elle pourrait servir de contre-pouvoir face aux trois autres que sont l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Or, certains journalistes auraient-ils la volonté de souscrire à cette inclination noble et salutaire (dessein restant à démontrer) qu’ils n’en auraient nullement les moyens.

Cet empêchement a une raison simple : la presse appartient à 90 % à l’oligarchie financière qui la concentre et l’utilise comme une arme redoutablement efficace pour servir ses intérêts. Faut-il citer des exemples d’empereur des médias ? Disons alors Drahi, patron d’Altice, de SFR, de L’Express, de Libération, de RMC, de BFM TV (pardon, j’en oublie peut-être), avec des relais au Portugal, en Israël, aux Pays-Bas et aux États Unis. Ils sont un certain nombre, comme lui, peu nombreux, mais dont la mainmise sur la communication est quasi totale. Dès lors, les “Pujadas” et autre “Aphatie” étant les obligés grassement rémunérés de ces pygmalions n’ont qu’une seule assignation, qui est de favoriser l’émergence d’une adhésion unanime à la démarche de cette volonté d’hégémonie.

Mais, me direz-vous, quel intérêt ces forces obscures tirent-elles de ce phagocytage de l’information ? La réponse est, là aussi, très simple. Il est le moyen efficace, légal et subliminal de gagner l’adhésion des esprits sans que ceux-ci aient le sentiment d’être captés mais croient agir par choix, par adhésion, par détermination personnelle et démocratique. Dès lors, imaginez, un peu, la capacité hypnotique, à force d’être utilisée sans cesse et sur tous les canaux, que ce pouvoir, de l’ombre mais pourtant bien réel, peut avoir sur la masse de nos concitoyens.

Ceux-ci, appelés à choisir leur chef suprême et leurs représentants, réagissent un peu comme le chien de Pavlov. On leur a dit que l’Union européenne était la seule voie envisageable (ils ne l’ont d’abord pas cru, mais comme on leur a dit qu’ils se trompaient…), ils le croient. De même, on leur a affirmé que l’euro les enrichissait et, malgré la manifestation du contraire, ils applaudissent des deux mains. On leur a dit que Marine Le Pen était la petite fille d’Hitler et cette doxa est devenue une évidence indiscutable. Conséquemment, le choix du peuple anesthésié se porte, alors, sans aucune alternative, sur le candidat choisi par ce pouvoir de l’ombre (celui de la finance). Cela a toujours été le cas depuis quarante ans où des candidats et des majorités, estampillées de droite ou dites de gauches, ont toujours mené la même politique : celle de leur maître. Elles ont favorisé toujours le même intérêt tout en donnant l’illusion du contraire par quelques concessions mineures. Le piège s’est refermé sur un peuple qui évolue dans un système d’assistanat et d’irresponsabilité qui laisse toute latitude à l’oligarchie financière d’agir, sans y paraître, au mieux de ses propres intérêts.

Pour compléter l’appareil diabolique, le système judiciaire est conçu de telle sorte que sa soumission au pouvoir politique n’est masquée qu’aux yeux des plus crédules ou de ceux qui n’ont jamais eu affaire à elle.

Dès lors, la boucle est bouclée, le peuple est attentif à une presse confisquée qui agit pour l’intérêt bien compris de quelques-uns. Ceux-ci établissent un dispositif politique à leur botte : un trompe-l’œil qui n’a que l’apparence de la démocratie.

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