Editoriaux - Politique - 12 mai 2019

La bombe référendaire !

Emmanuel Macron s’active de manière fébrile et presque pathologique pour que la liste conduite par Nathalie Loiseau arrive en tête le 26 mai, ne serait-ce qu’avec une avance de 0,1 %. C’est pathétique ! Son comportement fait penser à celui de ces enfants qui ne supportent pas de ne pas être vainqueurs en toutes choses. Une telle attitude n’est pas compatible avec la nécessaire dignité liée à la fonction présidentielle.

Quoi qu’il en soit, que la liste du Président obtienne 0,1 % de plus ou de moins que celle de Jordan Bardella, cela ne changera rien au fait que le Président et ses alliés ne parviennent pas à convaincre plus d’environ 22 % des Français, ce qui est peu (Trump, qui doit faire face à tous les médias, est soutenu par 46 % de ses concitoyens). Par ailleurs, il faut noter que 30 % des suffrages, environ, se porteront sur les listes des « populistes de droite », lesquels constituent, désormais, la plus importante des mouvances politiques en France, laquelle devance très largement la « droite de gouvernement » qui se situe au-dessous de la barre des 15 %. À droite, le paysage est largement dominé par les « populistes patriotes ». Quant aux différentes gauches et extrêmes gauches, tout aussi désunies que ne le sont les « populistes » à droite, elles se situent en dessous de 30 %, toutes tendances confondues.

Quel que soit le résultat de cette élection des représentants au Parlement européen, le score de la liste Loiseau n’aura aucune conséquence importante ; le seul enjeu est la satisfaction de l’égotisme présidentiel. Voilà une bonne raison de voter pour Jordan Bardella.

Le 10 mai, le Conseil constitutionnel a rendu un avis favorable à la tenue d’un référendum d’initiative partagée concernant la vente de la société publique Aéroports de Paris. Il ne reste plus, désormais, qu’à convaincre 4,7 millions de Français de signer la pétition électronique qui va être mise en place prochainement.

Ce référendum crée un gros problème au gouvernement, ainsi que l’a dit Édouard Philippe, le 10 mai. Le Premier ministre, qui voyait dans cette procédure « une manœuvre des oppositions », a indiqué que cette première initiative partagée « pose un vrai et grave problème démocratique », ce qui laisse songeur quant à l’idée qu’Édouard Philippe se fait de la démocratie et qui semble indiquer qu’il est opposé à la pratique référendaire. Le même jour, sur LCI, la députée LREM Yaël Braun-Pivet disait que, concernant le référendum d’initiative partagée, le gouvernement envisage un abaissement des seuils prévus par la loi, soit 20 % des parlementaires et 10 % des citoyens, de façon à faciliter l’expression démocratique directe !

Il est très probable que si le mouvement des gilets jaunes n’existait pas, les 248 parlementaires qui sont à l’origine de l’initiative n’auraient pas organisé et le Conseil constitutionnel n’aurait pas validé cette procédure. C’est donc un effet très positif de ce mouvement d’avoir contraint les élus et les « Sages » à aller dans le sens de la revendication phare des gilets jaunes : l’instauration du référendum d’initiative populaire/citoyenne. Une fois de plus, l’opinion de Machiavel concernant les effets positifs des crises politiques est vérifiée.

Ce que n’a pas dit Édouard Philippe, c’est que ce référendum, s’il a lieu (mais c’est fort probable), pose un énorme problème à Emmanuel Macron, qui va être confronté à l’ensemble des oppositions et aux 70 % à 80 % de Français qui ont soutenu ou soutiennent encore les gilets jaunes. Ce référendum sera interprété comme un plébiscite pour ou contre Macron, et là, il est certain que Jupiter perdra la face.

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