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Coronavirus - Editoriaux - 5 avril 2020

Jérôme Salomon et Martin Hirsch jouent les pères la rigueur contre un relâchement du confinement…

Vous trouvez qu’il y a davantage de passants dans la rue ? Vous réentendez des vrombissements de moteurs ? Ce ne serait pas qu’une impression. À la fin de la troisième semaine de confinement, on assiste à un certain relâchement.

Des données objectives fournies par une application, Covimoov, viennent le confirmer. Covimoov donne des informations sur l’évolution de l’épidémie autour de l’endroit où l’on se trouve. Les chiffres révélés par le Journal du dimanche, ce 5 avril, montrent que, si les déplacements en voiture avaient fortement baissé il y a deux semaines et demie, au moment de la mise en œuvre du confinement, ils remontent légèrement, ces jours-ci. Concrètement, en temps normal, les Français effectuent 24 déplacements par semaine, en moyenne. Le 19 mars, le chiffre descendait à 8. Mais cette semaine, il est remonté à 11-12. Si ces données de Covimoov sont confirmées, cela signifierait que les déplacements automobiles ne sont plus réduits que de moitié. D’après les cartes par départements publiée par le JDD, « les mouvements semblent avoir augmenté partout en France entre le 26 mars, dix jours après le début du confinement, et le 2 avril ».

Antoine Couret, le patron de Geo4cast qui a mis au point l’application, cité par Le HuffPost, « constate depuis lundi dernier un léger relâchement dans les zones touristiques, mais également des déplacements plus nombreux dans certaines zones qui s’expliquent probablement aussi par une reprise de l’activité économique ».

Devant cette dérive susceptible d’accroître l’engorgement de l’hôpital dans cette période critique, les autorités sanitaires ont appelé à un strict respect du confinement. Jérôme Salomon, samedi soir, a demandé de « ne pas relâcher l’effort ». Quant à Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP, il a également tweeté : « Lors de la réunion de crise du soir à l’AP-HP, inquiétude partagée par tous ceux qui étaient allés dans les hôpitaux parisiens : ils avaient croisé trop de monde dans les rues, trop de promeneurs, trop de flâneurs. Pas de relâchement. »

Les bons docteurs Salomon et Hirsch sont dans leur rôle par ces rappels de bon sens. Mais ces hauts fonctionnaires de la Santé, qui jouent aujourd’hui les pères la rigueur, peuvent aussi donner des boutons aux Français confinés qui estiment, à juste titre, qu’ils en ont sacrément manqué, de rigueur, et depuis des années, MM. Salomon et Hirsch, pour nous mettre dans cette situation. On pourrait parler des tergiversations sur la chloroquine. Ou, plus grave, de « l’infléchissement » – merci, Le Monde, pour la litote – de la stratégie en matière de masques, avec cette phrase historique de M. Salomon, vendredi soir : « Nous encourageons le grand public, s’il le souhaite, à porter […] ces masques alternatifs qui sont en cours de production. » Ou encore – et peut-être plus grave – de ce que Le Monde nous apprend : « Il commence à y avoir une pénurie de morphine et de midazolam (un sédatif). » Le même médecin, Mathias Wargon, époux du ministre Emmanuelle Wargon, précise encore : « Avec le coronavirus s’est ajoutée la médecine de catastrophe où on ne peut pas dilapider des ressources de plus en plus rares. »

On pourrait conseiller aux concepteurs de Covimoov de se lancer dans l’invention d’une autre application qui traquerait toutes les déclarations, les décisions, les erreurs de ce petit monde de la haute administration de la Santé, relayé par les décideurs politiques et les médias, qui a mis la France et son système de santé en état de catastrophe. Les pères de la pénurie.

Non, ne relâchons pas l’effort, ni dans le confinement, ni dans l’examen des responsabilités.

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