Audio - Editoriaux - Entretiens - Justice - 12 juin 2019

Jérôme Massip : “Pourquoi ce détenu a-t-il été classé auxiliaire alors qu’il n’en avait pas du tout le profil ?”

Le secrétaire général du Syndicat pénitentiaire des surveillants revient sur la prise d’otage de la prison de Condé-sur-Sarthe et demande des comptes à l’administration. “En 2003 il avait étranglé puis égorgé son co-cellulaire !” Il réclame l’équipement en tasers, comme cela a été acté, à titre expérimental, par les groupes de travail mis en place après l’attentat terroriste de mars dernier.

Francis Dorffer, un détenu de la prison de Condé-sur-Sarthe, a pris en otage deux agents pénitentiaires durant plusieurs heures.
Comment cela est-il possible ?

Il faut d’abord se demander pourquoi ce détenu a été désigné auxiliaire d’étage. Ce poste est généralement réservé aux détenus de confiance en voie de réhabilitation. Ce type de détenu n’a pas du tout le profil pour occuper ce poste-là.
Il faudrait que l’administration nous explique comment ce choix a pu se porter sur ce détenu. En effet, il avait un profil et un passé très chargé. Il s’agit tout de même de sa sixième prise d’otage. De plus, il avait étranglé et égorgé son co-cellulaire en 2003. Ce détenu avait été classifié « détenu particulièrement signalé ». À ce titre, personne ne comprend pourquoi ce détenu avait bénéficié d’une telle mesure de classement.

Ce détenu souffrait de problèmes psychiatriques.
Y a-t-il des structures adaptées pour les détenus souffrant de troubles psychiatriques ?

Les unités dédiées à ce genre de profils n’en veulent pas. Quand les détenus sont déclarés ‘‘fatigués du bocal’’, personne n’en veut. La solution est de les laisser en détention. La détention est la poubelle des unités hospitalières spécialisées en psychiatrie.

C’est la deuxième fois en quelques mois qu’on entend parler de Condé-sur-Sarthe. Michaël Chiolo y avait réalisé une prise d’otage.
Pensez-vous que les choses vont bouger ?

Dans le cas de Michaël Chiolo, ce n’était pas une prise d’otage. Il était aux unités de vie familiale avec sa conjointe. Il avait appelé le surveillant à l’intérieur et c’est à ce moment-là qu’ils lui avaient sauté dessus en le poignardant de plusieurs coups de couteau en céramique.
Le portique de détection n’avait pas sonné lorsque sa compagne était passée avec le couteau. C’était un détenu radicalisé. Cela n’a donc rien à voir avec Francis Dorffer. Il n’y a pas de caractère terroriste dans cette prise d’otage. En revanche, au mois de mars, nous étions en présence d’un détenu dont on connaissait la radicalisation.

Quelles mesures demandez-vous pour que cessent ces prises d’otages ?
Y a-t-il un manque de considération envers le personnel ?

Au mois de mars, il y a eu ce fameux acte de terrorisme qui a failli coûter la vie à deux de nos collègues surveillants. Cet acte avait amené les surveillants pénitentiaires à se mobiliser partout en France. À l’issue de ce mouvement d’ampleur national, des négociations avaient été menées par des organisations syndicales, dont la nôtre.
Les groupes de travail ont évalué que les agents devaient être équipés de Tasers. Une expérimentation devait être menée sur quatre ou cinq établissements en France. Condé-sur-Sarthe avait été choisi pour mener cette expérimentation. Aujourd’hui, nous sommes au mois de juin et aucune expérimentation n’a été mise en place.
On est toujours dans la fosse aux lions avec notre sifflet pour seule arme de défense.

Le personnel pénitentiaire qui s’occupait de Francis Dorffer aurait-il pu être armé de Taser si les groupes de travail avaient abouti ?

Si l’expérimentation avait vu le jour, à l’heure qu’il est, le personnel aurait pu se servir du Taser pour neutraliser le détenu qui a pris en otage les surveillants.

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