Entretien avec Jean-Frédéric Poisson, président du PCD

En déposant un référé-liberté auprès du Conseil d’État contre le report de l’interdiction des célébrations religieuses jusqu’au 2 juin, le PCD se présenterait-il comme un parti confessionnel ?

Ce serait le cas si le texte de notre référé réclamait la levée de l’interdiction pour une communauté de croyants en particulier, en l’occurrence les chrétiens. Or, nous demandons au Conseil d’État d’enjoindre au gouvernement d’annuler purement et simplement la succession de plus en plus confuse d’articles et décrets prolongeant l’interdiction des cérémonies religieuses, ce qui rétablirait la possibilité pour tous croyants, de quelque religion que ce soit, de se réunir. Ce qui aurait, d’ailleurs, dû être effectif dès le 11 mai. Nous considérons que toutes les personnes, croyantes ou non, et donc tous les croyants, doivent voir leurs libertés fondamentales garanties. Le propre d’une liberté fondamentale, c’est qu’elle est accessible à tous et sans contrepartie. La liberté fondamentale n’exige pas de contrepartie pour être exercée. Nous nous plaçons ici au niveau du principe, pas de la défense catégorielle.

La doctrine du PCD porte en son cœur la défense de la dignité humaine. Or, les conditions de pratique de sa foi et de son culte dans des conditions décentes font partie de la déclinaison de la dignité humaine à laquelle nous sommes attachés. C’est pourquoi nous avons articulé notre recours autour du mépris dont fait preuve le gouvernement à l’égard des libertés fondamentales de tous les cultes.

Comment expliquez-vous la décision du gouvernement ?

Elle repose sur une incompréhension fondamentale du fait religieux, voire une indifférence. Les propos du ministre de l’Intérieur sont très révélateurs de ce rapport à la religion. Qu’il puisse nous expliquer benoîtement que, finalement, la ne serait en quelque sorte qu’un aimable barbecue entre voisins dont on peut se passer et que le plus important serait la prière individuelle, cela ne fait que souligner son ignorance de ce qu’est l’Église et de ce qu’est une assemblée de fidèles. Au fond, il ne sait pas ce qu’est la manifestation collective de la foi. Cela révèle surtout, et c’est le plus inquiétant, qu’il ne sait pas ce qu’est son rôle en tant que ministre du Culte. Le problème de fond, c’est qu’il se donne le droit de faire la distinction entre ce qui est essentiel et ce qui est accessoire dans la pratique d’un culte religieux. C’est exorbitant du rôle de l’État. C’est un abus de pouvoir pur et simple. Ce n’est pas à lui de décider que la prière de l’assemblée dominicale n’est pas importante. Cela ne le regarde pas en tant que représentant de l’État. Cela le regarde à titre personnel s’il le souhaite, mais pas comme ministre de l’intérieur.

Avec le fameux discours aux Bernardins, le mandat d’ avait pourtant démarré sous des auspices favorables en ce qui concerne la relation entre l’État et les catholiques.

Je crois l’exact inverse. Le discours des Bernardins avait manifesté à l’égard de l’Église catholique un mépris qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire de la République française. Certains ont voulu y voir une main tendue. En réalité, Emmanuel Macron y demandait aux catholiques d’arrêter d’être catholiques mais de continuer à faire des services sociaux et à tenir des écoles. Il a dit aux catholiques « Abandonnez toute prétention normative », c’est-à-dire arrêter de considérer que Jésus est la clé et la loi de la compréhension de l’acte moral et l’exemple de l’acte moral bon. Voilà ce qu’a dit Emmanuel Macron à l’Église. Au fond, la situation actuelle n’est que la suite logique de la position du Président dans ce discours.

14 mai 2020

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