Editoriaux - Réflexions - Société - 24 février 2019

Plate-forme One of Us : malheur à nous si nous ne portons pas assistance à civilisation en danger !

C’est dans un contexte français très troublé que se sont réunis, samedi, au Sénat, une centaine d’intellectuels européens autour du professeur Rémi Brague pour lancer la plate-forme culturelle One of Us.

Anglais, Allemands, Espagnols, Italiens, Maltais, Roumains, Belges, Slovaques, Portugais, Hongrois, Hollandais… ils n’ignoraient rien des gilets jaunes ni des velléités législatives ubuesques de certains députés de LREM d’effacer “père” et “mère” au profit de “parent 1” et “parent 2” ni, encore, de l’amalgame aussi farfelu qu’inquiétant de telle secrétaire d’État entre manifestants LMPT et terroriste islamiste. Le programme que s’est fixé One of Us de “libérer les intelligences” n’en apparaît que plus urgent : il est des intelligences captives de l’idéologie qui n’ont pas donné signe de vie depuis si longtemps que l’on se demande si elles n’ont pas été exécutées par le geôlier…

La prophétie de Chesterton, citée par Rémi Brague, dans son propos inaugural ne pouvait avoir meilleure illustration : “Un temps viendra où l’on allumera des bûchers pour y brûler ceux qui osent rappeler que deux et deux font quatre.” Et qu’un enfant a un père et une mère. Rémi Brague d’évoquer une “terreur douce, non sanglante, une terreur soft”“À chaque fois qu’on parle d’un débat sans tabou, il y a fort à parier que cela veuille dire que toutes les questions seront abordées – à l’exception, bien entendu, de celles qui pourraient fâcher.”

Souvenez-vous, c’était il y a cinq ans, une pétition intitulée “One of Us” – l’un de nous – demandait le respect de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle. Elle avait recueilli près de deux millions de signatures, devenant ainsi la première initiative citoyenne d’Europe, mais, comme l’a rappelé Thierry de La Villejégu, directeur de la fondation Lejeune et vice-président de One of Us, ce grand succès populaire “fut paradoxalement un échec politique puisque le Parlement européen décida de s’exonérer de la suite à donner à l’initiative, et ceci en totale violation des règles qu’il avait établies”. On connaît la chanson, elle existe aussi dans sa version nationale avec les 700.000 signataires du CESE. Son principe défie toutes les lois de la physique : si un kilo de plume pèse autant qu’un kilo de plomb, la voix d’un citoyen dit “conservateur” vaut bien moins que celle d’un citoyen progressiste. Comment s’étonner du discrédit des institutions ?

C’est dans le sillage de cette initiative que s’inscrit la plate-forme One of Us, entendant laver l’honneur de l’Europe, comme l’explique Rémi Brague : “Si l’Europe reste la tête pensante du monde, et si le proverbe est vrai selon lequel la tête est ce par quoi le poisson pourrit, alors […] nous avons notre place juste là où tout risque de se décomposer.” Il évoque “un héritage déterminé. Celui de ceux qui, tout au long de l’Histoire, ont défendu la raison, la liberté et la dignité de chaque homme.” Et dit n’avoir qu’une crainte : “que les générations futures, pour peu qu’il y en ait, nous accusent de non-assistance à civilisation en danger. Malheur à nous si nous nous taisons !”

Que sera cette plate-forme de réflexion ? L’avenir le dira. S’y côtoieront sans doute, comme durant cette journée, des tribunes de philosophes – les interventions d’Olivier Rey et Pierre Manent ont également été très remarquées – et des témoignages plus incarnés à l’instar de celui de la secrétaire d’État à la famille hongroise Katalin Novák, sorte d’anti-Marlène Schiappa. Le résultat sera peut-être désordonné, l’état « d’avancement » de chaque pays étant différent, mais qu’importe : la première pierre est posée, l’impulsion donnée, selon les mots de l’ancien ministre espagnol Jaime Mayor Oreja, président de la fédération One of Us.

En regagnant leur pays, les participants auront peut-être croisé sur la route quelques-uns de ces fameux gilets jaunes.

L’essence de cette gronde, anarchique, disparate, confuse, violente parfois, récupérée maintenant, n’est pas sans lien avec le sujet. Paradoxalement, alors que d’aucuns s’emploient à les qualifier de crétins, ils ont peut-être contribué à délier l’un des rets de cette intelligence obscurcie.

Le docteur Laurent Alexandre, « futurologue » très présent dans les médias, met souvent en garde : la montée de l’intelligence artificielle conduira à la multiplication des « inutiles », ceux qui ne sauront apporter aucune valeur ajoutée à cette IA, grossissant les cohortes de gilets jaunes désespérés.

Pourquoi ces inutiles de demain seraient-ils mieux considérés que ces inutiles d’aujourd’hui que sont les enfants in utero handicapés ou non désirés, les vieillards en fin de vie ? Sauf si tout homme, quel qu’il soit, est à nouveau considéré comme… l’un de nous.

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