Editoriaux - 13 septembre 2019

Humeur d’un Parisien : chic, une grève !

Quelle différence y a-t-il entre un Parisien à la tête de chien et un cul-terreux de province ? L’arrogance ? L’humeur grincheuse ? L’amabilité ? Vous n’y êtes pas. C’est la marche ! Le plouc de la campagne ou du bourg use aisément de son automobile à pétrole pour un petit déplacement et il a bien raison. En revanche, le Parigot à tête de veau a remisé son véhicule depuis que les édiles de la capitale ont déclaré la guerre aux automobilistes.

Vous me direz que, dans Paris intra-muros, vu l’excellent maillage des stations des seize lignes du métropolitain et du réseau d’autobus, on peut se dispenser d’une voiture. Si la Ville lumière est bien dotée en , leur fiabilité est aléatoire car il faut composer avec les travaux permanents, les manifestations, les suicides, les grands événements ponctuels, les alertes à la bombe, les colis suspects… Et quand tout fonctionne techniquement, nous avons la joie de subir une grève. Le Parisien à la tête de chien, dont je m’honore de faire partie, est alors contraint de marcher, davantage que d’habitude, et en troupeau de préférence, seule référence à l’origine rurale de la plupart d’entre eux.

C’est une belle date, un vendredi 13, pour faire grève, cela renforce les superstitions. La pagaille qui en découle a pour effet de développer la débrouillardise du Parisien et, paradoxalement, de l’inciter à entamer une discussion avec le passant qui se retrouve dans la même galère.

En 1995, durant les grandes grèves, l’auto-stop était encore possible et l’atmosphère était bon enfant. Il faut dire que l’antipathie suscitée par le Premier ministre de l’époque était telle que nous supportions allègrement l’effort pédestre. À chaque fois qu’il y a une grève, même aussi importante que cette dernière, je suis admiratif de la patience des Parisiens. Il est temps de tordre le cou à une idée reçue, sans doute inventée par des bourgeois de province un peu jaloux : contrairement à ce qui se répète souvent, le Parisien n’est ni arrogant ni sûr de lui. Il a simplement l’air un peu blasé parce qu’il a le sentiment que rien n’est fait pour lui faciliter la vie. C’est sans doute pourquoi il paraît toujours de mauvaise humeur.

Il faut dire que l’on entend à la radio des conseils infantilisants le jour des grèves, du style « Restez chez vous » ou encore « Faites du télétravail ». C’est facile, pour les kinés, les infirmières, les déménageurs, les livreurs… Eh oui, il y a des gens qui travaillent à Paris, il y en a même qui, carrément suicidaires, s’y rendent en trottinette. J’entends les mauvais coucheurs qui me reprocheront mon insolence d’utiliser cette belle expression de « cul-terreux ». Ils se diront que tous ces Parisiens à tête de chien qui ont voté pour une très large partie d’entre eux pour des listes « En marche ! » n’ont qu’à continuer de marcher et que ça leur fera les pieds ! Une fois de plus, ils ont bien raison. Je le pense aussi…

C’est ça, Paris : une vie de fou. Mais c’est Paris ! Au XIXe siècle, le journaliste Alphonse Karr disait déjà : « Le vrai Parisien passe son temps à dire qu’il n’aime pas Paris mais ne vivrait ailleurs pour rien au monde. »

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