Quelle différence y a-t-il entre un Parisien à la tête de chien et un cul-terreux de province ? L’arrogance ? L’humeur grincheuse ? L’amabilité ? Vous n’y êtes pas. C’est la marche ! Le plouc de la campagne ou du bourg use aisément de son automobile à pétrole pour un petit déplacement et il a bien raison. En revanche, le Parigot à tête de veau a remisé son véhicule depuis que les édiles de la capitale ont déclaré la guerre aux automobilistes.

Vous me direz que, dans intra-muros, vu l’excellent maillage des stations des seize lignes du métropolitain et du réseau d’autobus, on peut se dispenser d’une voiture. Si la Ville lumière est bien dotée en transports, leur fiabilité est aléatoire car il faut composer avec les travaux permanents, les manifestations, les suicides, les grands événements ponctuels, les alertes à la bombe, les colis suspects… Et quand tout fonctionne techniquement, nous avons la joie de subir une grève. Le Parisien à la tête de chien, dont je m’honore de faire partie, est alors contraint de marcher, davantage que d’habitude, et en troupeau de préférence, seule référence à l’origine rurale de la plupart d’entre eux.

C’est une belle date, un vendredi 13, pour faire grève, cela renforce les superstitions. La pagaille qui en découle a pour effet de développer la débrouillardise du Parisien et, paradoxalement, de l’inciter à entamer une discussion avec le passant qui se retrouve dans la même galère.

En 1995, durant les grandes grèves, l’auto-stop était encore possible et l’atmosphère était bon enfant. Il faut dire que l’antipathie suscitée par le Premier ministre de l’époque était telle que nous supportions allègrement l’effort pédestre. À chaque fois qu’il y a une grève, même aussi importante que cette dernière, je suis admiratif de la patience des Parisiens. Il est temps de tordre le cou à une idée reçue, sans doute inventée par des bourgeois de province un peu jaloux : contrairement à ce qui se répète souvent, le Parisien n’est ni arrogant ni sûr de lui. Il a simplement l’air un peu blasé parce qu’il a le sentiment que rien n’est fait pour lui faciliter la vie. C’est sans doute pourquoi il paraît toujours de mauvaise humeur.

Il faut dire que l’on entend à la radio des conseils infantilisants le jour des grèves, du style « Restez chez vous » ou encore « Faites du télétravail ». C’est facile, pour les kinés, les infirmières, les déménageurs, les livreurs… Eh oui, il y a des gens qui travaillent à Paris, il y en a même qui, carrément suicidaires, s’y rendent en trottinette. J’entends les mauvais coucheurs qui me reprocheront mon insolence d’utiliser cette belle expression de « cul-terreux ». Ils se diront que tous ces Parisiens à tête de chien qui ont voté pour une très large partie d’entre eux pour des listes « En marche ! » n’ont qu’à continuer de marcher et que ça leur fera les pieds ! Une fois de plus, ils ont bien raison. Je le pense aussi…

C’est ça, Paris : une vie de fou. Mais c’est Paris ! Au XIXe siècle, le journaliste Alphonse Karr disait déjà : « Le vrai Parisien passe son temps à dire qu’il n’aime pas mais ne vivrait ailleurs pour rien au monde. »

13 septembre 2019

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