Hongrie : « Ils se couvrent de ridicule ». L’aveuglement européen face à Magyar

Entre continuité et signaux à Bruxelles, l'élection hongroise brouille le récit européen
PETER MAGYAR - Conférence de Presse / Copie écran
PETER MAGYAR - Conférence de Presse / Copie écran

Mettre fin aux permis de travail pour les migrants non européens. S’attaquer aux médias publics. Confier l’Éducation à une figure catholique. À Budapest, les annonces de Péter Magyar lors de sa première conférence de presse ne laissent guère de place au doute. Fermeté migratoire, marqueurs conservateurs, reprise en main politique : une ligne qui, sur bien des points, s’inscrit dans le paysage hongrois des dernières années.

Et pourtant, à Bruxelles comme à Paris, c’est un tout autre récit qui s’était imposé. « Ce soir, le cœur de l’Europe bat plus fort en Hongrie », s’était enthousiasmée Ursula von der Leyen. Pour Nathalie Loiseau, la défaite de Viktor Orbán prouvait même qu’« il n’y a pas une vague irrépressible de l’extrême droite ». Jusqu’aux États-Unis, où Barack Obama saluait un tournant.

En quelques heures, l’élection devenait une victoire idéologique. Quitte à mal regarder celui qui vient de gagner, comme le décryptait déjà BV, au lendemain des résultats.

Dans ce concert d’enthousiasme, une voix tranchait déjà. Celle d'Éric Zemmour qui, sur X, déclarait, à propos de Péter Magyar : « Il n’est ni de gauche ni centriste. Tous ceux qui en France essaient de le récupérer se couvrent de ridicule. »

Certains invitaient déjà à regarder au-delà du récit.

Battre Orbán, mais comprendre qui le remplace

Car l’enthousiasme européen semble d’abord répondre à une logique simple : Viktor Orbán a été battu. Le reste - le profil de son successeur, sa trajectoire, sa ligne - passe au second plan. Or, Péter Magyar n’est pas un opposant venu d’ailleurs. Il est issu du Fidesz, le parti d’Orbán. Il en connaît les rouages, les équilibres, les réflexes. Une configuration que Thibaud Gibelin, professeur au Mathias Corvinus Collegium (MCC) à Budapest et spécialiste de la Hongrie et de Viktor Orbán, résume à Boulevard Voltaire d’une formule : « Ce sont des frères fâchés. »

Les premières annonces viennent précisément rappeler cette réalité. En Hongrie, l’opinion est massivement opposée à l’immigration extra-européenne. Même la gauche locale s’y est adaptée. Impossible, dans ces conditions, de gouverner autrement. Ce que certains ont présenté comme une alternance apparaît donc, sur place, comme une recomposition interne. Thibaud Gibelin le souligne : « Un conservatisme en remplace un autre. »

Pour lui, le malentendu est profond : loin de marquer une rupture nette, les annonces faites dans la foulée de son élection semblent inscrire Péter Magyar dans le prolongement politique de Viktor Orbán.

Bruxelles, le nerf de la guerre

Pour comprendre pleinement la séquence, il faut regarder du côté de Bruxelles. Depuis plusieurs années, l’Union européenne gèle des milliards d’euros de fonds destinés à la Hongrie. Une pression majeure sur une économie fragilisée, que Thibaud Gibelin qualifie de « strangulation économique ».

Dans ce contexte, la priorité du nouveau pouvoir est claire : rétablir les flux financiers. Interrogé par BV, Rodrigo Ballester, directeur du Centre d’études européennes à Budapest et commissaire ministériel hongrois à l'Éducation, estime ainsi que Bruxelles pourrait « débloquer tous les fonds ». Et que les concessions attendues seront « probablement des choses qu’il [Péter Magyar] sera ravi de mettre en œuvre ».

Même logique sur le prêt européen de 90 milliards d’euros à l’Ukraine : là où Orbán freinait, Budapest pourrait désormais s’aligner. Mais une question demeure.

Et si ces gages donnés aux capitales européennes n’étaient, au fond, que des signaux habilement calibrés ? Une manière de rassurer Bruxelles, le temps de débloquer les financements, sans que cela ne préjuge réellement de la ligne politique à venir.

Entre discours et stratégie

C’est ici que l’analyse de Thibaud Gibelin prend tout son sens. Péter Magyar « promet simplement la quadrature du cercle, et tout ce que les gens veulent entendre ». Une logique que confirme Rodrigo Ballester : le nouveau dirigeant hongrois cherche avant tout à « plaire un peu à toute sa coalition ». À Budapest, des annonces fermes, en phase avec l’opinion. À Bruxelles, des signaux d’ouverture, compatibles avec les attentes européennes. Une ligne qui ne tranche pas mais qui s’ajuste.

En quelques jours, le récit s’est fissuré. Ce qui devait être une victoire idéologique apparaît comme une lecture précipitée. Ce qui était présenté comme une rupture ressemble déjà à un ajustement. Comme le rappelle Thibaud Gibelin, « les promesses de campagne n’engagent que ceux qui y croient ».

Reste alors une question, désormais centrale. Et si Péter Magyar n’était pas tant l’anti-Orbán que certains ont voulu voir… mais une version capable de composer avec Bruxelles sans rompre avec les fondamentaux hongrois ? Des fondamentaux hongrois auxquels Magyar semble attaché. Ce 17 avril, n'a-t-il pas posté une photo de lui en prière devant la couronne de saint Étienne, le premier roi des Magyars ? Une couronne qui symbolise tout à la fois les racines chrétiennes et la souveraineté de la Hongrie...

 

 

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

67 commentaires

  1. La bienpensance en train de prendre ses désirs pour des réalités va se couvrir de ridicule, mais le pompon va être atteint par Mme Van der Leyen.

    • Effectivement peter magyar avait voté au sein du ppe avec Bonnamy lr pour sa destitution en janvier dernier

  2. Apparemment , Monsieur V.Orban a rouler dans la farine électorale Madame VDL et sa clique d’eurolâtres , avec l’élection de son poulain . J.D Vance et D.Trump doivent bien rigoler ! Avez-vous vu les premières décisions politiques de Monsieur Péter Magyar ?

  3. Il est fort probable qu’une fois de plus, le machin idéologique n’ait pas tout compri. Il a gonflé ses plumes et crié fort, tel un coq sur un tas de fumier.

  4. il est certain que la clique de Bruxxxelles a été bien attrapée. En fait « Budapest » change de personnage mais tout reste en place et l’argent est débloqué. Au bas mot Obama s’étrangle, en plus.

  5. Ces nantis déconnectés vivent dans leurs rêves et prennent leurs désirs pour des réalités …

  6. Pour ce qui me concerne, tout ce qui peut contrecarrer l’ambition castratrice Bruxelloise est bon à prendre, et j’espère effectivement que Magyar mettra ses pas dans ceux d’Orban. Et qu’importe que le chat soit gris ou noir pourvu qu’il piège la souris !

  7. Imbécillité européenne ! De même que les sanctions face à la Russie ont poussé celle-ci vers la Chine, l’attitude européenne vis-à-vis de la Hongrie va pousser celle-ci vers la Russie et la Chine….. et l’Europe aura tout perdu par manque de réalisme et par idéologie gauchiste.

  8. En fait les hongrois voulaient plus changer de chef que de politique semble t-il , vu les racines politiques de Magyar. Et si c’est le cas, le ridicule s’abattra sur nos européistes.

  9. Le réveil des dirigeants Européens est feint. Peter Magyar fut un adjoint de Orban, avant de prendre certaines distances électoralement. Les grandes lignes principales sont les mêmes. Ce qui démontre la faiblesse de dirigeants Européens n’ayant que leurs « égos » à énoncer.

  10. Messieurs Orban et Magyar sont la méme face d’une pièce et faisant parti du méme groupe politique et au bout de 16 ans Mr Orban voulait certainement un peut de repos.

  11. M Maygard est stratégiquement présente par l’europe et les medias comme une victoire du  » camp du bien » qui lui est soumis.Or ce n’est
    que la mise a l’écart d’un farouche opposant a sa politique,alors que Maygard pour etre élu n’a fait que promettre de débloquer les 90 milliards a l’ukraine,que nous « contributeurs net » devrons payer,pour encaisser les 17 milliards que von der leyen bloquait a la Hongrie.. Pour elle c’est juste un idiot utile..elle aurait sans doute préféré un mondialo gauchiste a la macron ou stramer..mais en Hongrie,la gauche n’existe pas…

      • Oui, quelle chance ! c’est comme si on avait qu’un bras (le droit), qu’une jambe
        (la droite) et qu’une moitié de cerveau ! Un peu handicapé quand même …

  12. Europe, : Viktor Orbán versus Péter Magyar !
    Ceux qui se réjouirent trop vite de la mort politique de Viktor Orbán, déchantent déjà !
    C’est délicieux !
    Ursula la prussienne et ses nervis, tel Macron, découvrent à leurs dépens que :
    – Viktor Orbán n’était peut-être pas à 100% pro UE…
    Mais surtout que :
    – Péter Magyar n’est même pas pro UE à 50% !
    Quel choc !

  13. Tout ceci etait une vaste comedie parfaitement orchestree entre deux hommes dont le premier ( Orban ) avait pris conscience que designer son successeur et ne pas se representer serait fatal a ses idees .L »ingerence monstrueuse des europeens lors de la precedente election avait braque l’opinion publique hongroise qui avait alors donne a Orban son plus gros score ( 37, 5 % des voix ) drvant une coalition heteroclite de verts , democrates dociaux et meme l’extreme droite hyper nationaliste .!
    Il apparaitra dzns une dizaine d’annees qu’Orban et Magyar ont mis au point leur rupture pour leurrer une jeunesse travaillee , malgre des resultats economiques uniquement ternis par l’escroquerie du Covid , par les utopies de leur age et les financements de Soros .
    Magyar sait trop bien a quel point l’attractivite de son pays tient a sa securite reelle .Les chiffres de la criminalite y sont ceux des annees soixante en France .Les femmes hongroises ne connaissant pas le concept de harcelement , avec un chiffre de 1 a 2 viols par mois pour toute la hongrie …!
    Regardez bien pauvres francais qui n’etes plus l’ombre honteuse de vos ancetres , la Hobgrie vous offre l’exemple de la droite la plus intelligente et rusee du monde …!

Commentaires fermés.

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