Armées - Editoriaux - Politique - 5 novembre 2019

Guillaume Peltier réinvente les bat’d’Af !

Et si on rétablissait les bat’d’Af ? On ne les appellerait pas comme ça, mais l’idée y est. C’est, en gros, ce que Guillaume Peltier, l’un des nouveaux vice-présidents des LR, a proposé à franceinfo, mardi, histoire de se rendre intéressant devant la machine à café. Revenant sur les « incidents » de Chanteloup-les-Vignes, le multicarte de la politique française (successivement FN, MNR, MPF, UMP/LR) propose de rétablir le « service militaire obligatoire » pour « ceux qui en ont le plus besoin ».

Qui sont ces gens qui en ont le plus besoin ? Moi qui ai connu l’armée de conscription puis l’armée professionnelle, j’aurais bien une petite idée. Je pense, par exemple, à tous ces jeunes, issus de milieux favorisés et qui ont fait de belles études, l’ENA par exemple, et qui auraient peut-être besoin de connaître un peu de mixité sociale avant de conduire à marche forcée ces irréductibles Gaulois vers un « nouveau monde » qu’ils ne perçoivent pas forcément comme le meilleur…

Mais, visiblement, ce n’est pas à ces personnes que pense Guillaume Peltier qui, du reste, a grandi en HLM et n’est pas énarque. Lui, il pense à ces « mineurs délinquants récidivistes » qui « au-delà des sanctions judiciaires qu’ils méritent, puissent par exemple aller dans des services à encadrement militaire obligatoire ». Sarkozy, en 2016, réclamait le retour du service militaire pour ceux qui sortaient de l’école sans diplôme, sans maîtrise des savoirs. Sarkozy pensait aux « décrocheurs », Peltier se soucie des « déconneurs ». Pourquoi pas, me direz-vous ?

Tout de même, derrière cette idée (bonne, fausse bonne ou vraie mauvaise idée ?), on a comme un arrière-goût nostalgique de corvée de patates ou de cagoinces. L’armée, ça lui fera les pieds. Il apprendra à faire son lit. Tu verras, Maman, ils en feront un homme, de ton fils (à mettre obligatoirement au goût du jour, parité oblige), et j’en passe et des meilleures.

Comme si l’armée n’avait pas autre chose à faire. La guerre, par exemple. Comme si l’armée, que Sarkozy a passée sous la toise en 2008 (vingt régiments, onze bases aériennes supprimés, excusez du peu), n’avait pas été réduite « à l’os », comme disait le général de Villiers. L’armée serait donc le couteau suisse de la République : prof, maton, animateur social, nounou, voire flic à ses heures perdues. Tout ça, bien sûr, en veillant à promouvoir la « mixité » et en étant résolument inclusive : « Être transgenre n’est pas incompatible avec le métier de soldat, tant que votre sexe correspond à votre état civil », postait sur les réseaux sociaux le pôle recrutement de l’armée de terre au printemps dernier.

Petite parenthèse : ce qui est assez rigolo, si j’ose dire, c’est que l’on conçoit parfaitement que l’armée soit la bonniche d’un État qui ne se sent plus le courage de faire le ménage. Mais dès qu’un ancien militaire, général en deuxième section par exemple, a la prétention de s’intéresser à la vie de la cité en faisant autre chose que d’organiser le loto des anciens combattants – par exemple en se lançant en politique -, alors, on rejoue à se faire peur et l’on n’hésite pas à rappeler les pires heures de notre histoire bonapartiste. Fermons la parenthèse.

Les bat’d’Af, disions-nous au début de ce billet. Ces bataillons d’infanterie légère d’Afrique (du Nord) regroupaient, autrefois, les militaires qui avaient écopé de peines de prison militaires. Selon la loi de 1905 sur le service militaire, on pouvait retrouver dans ces unités des criminels comme des délinquants. Et il est vrai que lorsqu’il s’agissait d’aller au carton, ces hommes étaient redoutables. En 1952, les bat’d’Af reçurent leur drapeau : quatorze palmes, pas moins, le décoraient, c’est dire ! Bon, à l’époque, ça rigolait pas trop. Le genre éducateur en catogan et survêtement n’avait pas encore été inventé et les assistantes sociales ne portaient pas la moustache.

On recommandera, en intermède musical, ce trésor de la chanson française qui évoque les bat’d’Af : « Un dur, un vrai, un tatoué », chanté par Fernandel. Nous ne retranscrirons pas les paroles…

À lire aussi

Un préfet ne devrait pas dire ça

Lui, c’est blouson de travail, histoire de bien montrer que dans « préfet de police » il y…